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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 11:49
Procès Habré : Me Mahamat Hassan Abakar dresse un « bilan macabre » du régime Habré

Mahamat Hassan Abakar a conduit les travaux de la Commission nationale d’enquête sur les présumées exactions commises par le régime de Hissène Habré (1982-1990). Devant la barre hier, il a fait état d’abus, de crimes et de tortures commis par le gouvernement de Hissène Habré. Le témoin qui a déposé hier devant la barre a travaillé dans la Commission d'enquête sur les crimes et détournements commis au Tchad (1982-1990).

Mahamat Hassan Abakar était même le président de cette commission. Il était auparavant premier substitut du procureur général du Tchad. L’homme est spontané. Il parle, hausse le ton parfois, élève la voix. Il met en exergue des accusations. Il glisse de temps à autres des anecdotes, qui, pour la plupart, chargent Hissène Habré. Il étouffe de colère par moment et ne s’en cache pas. C’est peut-être parce qu’il a été témoin des événements qui ne peuvent pas laisser indifférent. Son récit est fait d’atrocités, d’éliminations, de disparutions, de tués. Selon lui, tous l’ont été sous le régime de Hissène Habré. La sale besogne est toujours effectuée par la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS).

Cette institution, dit-il, faisant référence à la DDS, a été créée par Hissène Habré. « Elle fonctionnait sous son commandement, tout ce qu’elle a fait engage la responsabilité du président. D’ailleurs, la DDS était directement rattachée à la Présidence de la République. Cette orientation démontre que les autorités voulaient garder secrètes les exactions et violations qu’elles exerçaient sur les populations innocentes », fait-il savoir. « Ni le temps, ni les moyens ne nous ont permis d’aller enquêter et fouiller dans les provinces. Ces investigations ne représentent que 10% de ce qui s’est passé. Et 98% des résultats ont été obtenus à Ndjamena et ses environs », a déclaré Mahamat Hassan Abakar, ancien magistrat. Il ajoute : « Notre conviction, c’est que la DDS est une structure planifiée et conçue pour terroriser les opposants ». A la suite de sa déposition, un film tourné lors des enquêtes a été soumis aux Chambres Africaines Extraordinaires (CAE).

Des squelettes de cadavres et des ossements sont montrés au public. Des personnes qui auraient d’une part travaillé avec la DDS témoignent. D’autres ayant subi les exactions de cette même organisation narrent leurs mésaventures. Ils rapportent les formes de tortures subies entre les mains de leurs supposés geôliers.

Pour rappel, la commission a été créée juste après le renversement du régime Habré. Un décret signé par Idriss Deby Itno, actuel président de la République du Tchad, est venu attester de l’existence de cette structure. Selon Abakar, la DDS était au départ un service créé pour assurer la sécurité intérieure et extérieure du pays. C’est le président de la République, Hissene Habré, qui en a fait un instrument de répression à grande échelle, a-t-il rapporté devant la Chambre. Outre cela, il dit avoir également interrogé un ancien ministre de l’Intérieur sous Habré. Celui-ci est également catégorique. Selon son témoignage, personne n’avait d’emprise sur la DDS, si ce n’est le président de la République. Il fait état d’enlèvements suivis d’exécutions. Le tout sur ordre du président de l’époque. Jonto, un des anciens collaborateurs du chef de l’Etat, aurait également confié que toutes les exécutions ont eu lieu sur injonction du chef de l’Etat en personne, confie le témoin.

Et pourtant il y a eu des alertes

Le témoin informe que la Commission d'enquête sur les crimes et détournements commis au Tchad a trouvé plusieurs plis de correspondances envoyées par les militants d’Amnesty international invitant le président de la République à arrêter les exécutions sommaires. Des messages étaient également adressés aux autorités qui siègent dans le gouvernement, pour leur demander de mettre fin aux abus. « Tout le monde savait que dans ce pays les autorités tuent, torturent, massacrent », a dit le témoin. La commission a estimé le nombre de personnes mortes à 40 000 victimes. Mais cela constitue juste une estimation. Cinq morts sur 100 détenus étaient tous les jours recensées.

Les exécutions sommaires avaient lieu toutes les nuits à N’djamena. Celles qui se passent en Province n’ont pas été prises en compte, relève le témoin. Selon lui, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), c’était l’affaire de Habré en personne. Les chefs de service étaient nommés par décret qu’il signait lui-même. Elle ne recevait d’instructions que du président de la République Selon Mahamat Hassan Abakar, les éléments de la Dds ne se contentaient pas d’expulser leurs victimes de leurs demeures respectives. Ils pillaient leurs maisons et venaient même parfois occuper la demeure de leurs cibles, a-t-il dit, devant la barre.

Cette donne ouvrait la porte à toutes sortes de dérives. Selon le témoin des éléments de la DDS abusant de leurs positions, s’amusaient parfois à exclure des familles de leurs maisons pour ensuite s’en accaparer. « Ces expulsions se produisaient régulièrement au vu et su de tous », a dit le témoin. La machine de répression était telle qu’il n’y avait plus de limite, a-t-il ajouté. Le parquet général a voulu mettre en avant, à travers des questions savamment préparées, la mainmise de Hissène Habré sur la marche et l’organisation de la DDS.

Plusieurs décrets présidentiels nommant et dénommant les agents de la DDS ont été lus devant les Chambres africaines extraordinaires. Le caractère confidentiel de la structure est également revenu sur le décret de création. Le Président Habré qui tient à la confidentialité des activités de la DDS aurait donné des ordres dans ce sens. Selon le témoin c’est lui qui institue, moins d’un an après sa prise de N’Djamena, cette police secrète, ses yeux et ses oreilles, un « appareil de surveillance et de répression terrifiant, responsable de crimes massifs ». C’est Hissène Habré qui multiplie les prisons secrètes au cœur de N’Djamena et de nombreuses autres en dehors.

Les Américains étaient au courant

Le siège de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS) fait face à l’organisme américain USAID. Les Américains qui travaillaient dans cette organisation ne pouvaient pas ne pas être au courant de ce qui se passait à la DDS, a dit le témoin Mahamat Hassan Abakar. « Les Américains n’ont à l’époque rien fait pour arrêter ce qui se passait, parce que le Président Ronald Reagan soutenait le régime de Habré », a-t-il dit. Mahamat Hassan Abakar ira plus loin. Selon lui, la commission d’enquête qu’il dirigeait a trouvé dans les locaux de la DDS des correspondances confirmant le soutien du régime américain. La France soutenait également le régime de Hissène Habré ainsi que l’Egypte, l’Irak et le Zaïre, a-t-il dit. Une fois l’enquête terminée, les résultats ont été remis au gouvernement du Tchad. Le président de la commission relevé n’avoir perçu aucune récompense pour ce document qu’il aurait confectionné au nom de la manifestation de la vérité.

Trésor public complètement vidées

Selon le témoin, c’est sur injonction de Hissène Habré que le trésorier général de l’époque a remis un chèque de 3 milliards 500 millions de francs. Le président qui aurait appelé, disait avoir besoin de cet argent pour acheter des armes afin de faire face à la rébellion qui se fortifiait. De bonne foi donc, a dit le témoin, le trésorier général a accédé à la demande du Président Hissène Habré. Selon toujours le témoin, tous les ministères et les services qui disposaient de liquidité auraient reçu la même injonction de remettre l’argent au Président Hissène Habré. Une fois collecté, l’argent a été acheminé à la présidence de la République dans des sacs. Selon toujours le témoin, l’ex-président, sentant sa défection imminente, a pris les devants, en vidant tout l’argent du contribuable des caisses de l’Etat, a-t-il dit.

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