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Tchad, Berceau De L'humanité

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:14

C’est à croire que cette avocate tchadienne a prêté le serment de sa vocation professionnelle uniquement à cet effet, puisqu’elle y consacre sa vie entière : Le jugement de Hissène Habré. A 56 ans, la présidente de l’Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l’Homme, a perdu tous ses traits sahéliens entre deux destinations en quête de justice, pour la cause qui lui a volé son assiduité au barreau tchadien, son cabinet et sa famille. La double attaque dont elle a été victime, respectivement le 11 juin 2001 et le 19 octobre 2012, a plutôt dopé sa détermination, alors que ses détracteurs l’accusaient déjà d’avoir été instrumentalisée et d’avoir créé quelques divisions entre plusieurs associations de victimes dans la même affaire. Jacqueline Moudeina qui croit, sereine, avoir tout entendu et tout vu, non sans se faire traiter de tous les noms d’oiseaux, dit assurer elle-même sa propre sécurité dès lors qu’il lui est répondu que ses assaillants sont des éléments incontrôlés. Au détour d’une de ses sorties aux fausses allures d’acharnement à Dakar, elle accepte de se confier au seul hebdomadaire sénégalais qui eut un entretien avec l’objet de la chasse de sa vie, à savoir l’ex-Président Hissène Habré.

Jacqueline Moudeina, pourquoi n’est-ce qu’aujourd’hui que les victimes se constituent partie civile au procès de l’affaire Hissène Habré ?

Si ce n’est qu’aujourd’hui que nous nous constituons partie civile, c’est par rapport à l’évolution de ce dossier. Les chambres africaines ont été créées et inaugurées seulement le 8 février dernier, il a fallu attendre le réquisitoire introductif du procureur de ces chambres africaines pour pouvoir agir. Le réquisitoire est produit, la commission d’instruction est mise en place, donc c’est le moment pour nous de saisir les chambres pour nos plaintes et de nous constituer partie civile.

Vous courez depuis 13 ans aujourd’hui et, enfin, Hissène Habré est aux arrêts. Avez-vous le sentiment du devoir accompli ?

Devoir accompli, je ne le dirais pas, mais je dirais que c’est une première victoire pour les victimes et il nous reste encore beaucoup à faire. Notre désir c’est de voir Hissène Habré jugé et condamné. C’est un pas déjà, une lueur d’espoir pour les victimes qui sont en quête de cette justice depuis 23 ans. C’est tout de même depuis 13 ans que nous avons enclenché une procédure judiciaire contre Hissène Habré, donc c’est une première victoire, mais il reste encore beaucoup à faire.

A côté de Hissène Habré, d’autres co-auteurs présumés de crimes ont été cités, avez-vous pensé à ceux-là, ou alors votre procédure ne vise que l’ex-président ?

Non. Nous avons déposé le 2 février 2000 une plainte contre Hissène Habré ici à Dakar. Et de retour chez nous, nous avons déposé également des plaintes contre les sbires de Hissène Habré en les citant nommément. Il y a eu à l’époque 17 plaintes individuelles et 2 collectives. Donc, depuis 2000, ces plaintes existent au Tchad et malheureusement, elles n’ont pas été traitées. C’est seulement au mois de mai dernier que nos plaintes ont été prises en compte. Il n’y a pas que le seul Hissène Habré qui soit poursuivi.

On parle aussi beaucoup du Président Idriss Déby, visiblement vous ne semblez pas vous intéresser à son sort, tout au moins pour savoir s’il va être convoqué…

Vous savez, nous sommes plaignants. Nos plaintes ont été déposées et il appartient au juge de faire le travail. Il lui appartient de viser telle ou telle autre personne. Nous avons produits tous les éléments dans notre dossier. Nous ne sommes pas juge pour dire qui sera inculpé et qui ne le sera pas, c’est le travail du juge.

Rassurez-nous, vos organisations et vous n’avez donc retrouvé au bout de votre enquête aucune trace ou aucune pièce qui compromette le Président Déby dans cette affaire ?

Nous ne cherchons pas à faire juger Idriss Déby. Nous avons une plainte, c’est déjà du travail et porter plainte contre Hissène Habré c’est un gros morceau. Vous reconnaissez que depuis 13 ans nous sommes sur le terrain, il appartient aux juges de viser qui ils veulent.

En 13 ans rien n’a été fait à N’Djamena et, du jour au lendemain, c’est l’Etat du Tchad qui fait partie des premiers bailleurs dans cette affaire. Il y a quand même un volet politique, qui devrait vous inquiéter depuis tout ce temps…

Je trouve tout à fait normal que l’Etat Tchadien contribue à ce procès. C’est le contraire qui m’aurait fâchée ; parce qu’il s’agit des tchadiens, la plupart des victimes sont tchadiennes, celui à qui on reproche tous les faits incriminés est tchadien et les faits ont été perpétrés au Tchad, quoi de plus normal pour l’Etat tchadien, d’ailleurs, en tant que membre de l’Union africaine, de contribuer à organiser le procès de Hissène Habré ? Ce n’est pas Idriss Déby mais c’est l’Etat tchadien qui le fait.

Pourquoi ne vous êtes-vous pas attaqué à l’Etat du Tchad depuis tout ce temps ? On a perdu beaucoup de temps…

Perdu du temps en quoi faisant ? Les plaintes n’ont pas été portées au Tchad. Ce sont les plaintes contre les sbires de Hissène Habré qui ont été portées au Tchad et on ne s’est jamais lassé de soutenir nos plaintes, d’aller vers le juge, de faire pression sur le juge. Si on avait baissé les bras, même après 13 ans on n’aurait rien eu. Ça veut dire que nous avons toujours travaillé au niveau Tchad. La plainte contre Hissène Habré a été déposée en 2000 au Sénégal et non au Tchad. C’est plutôt le Sénégal qui nous a tournés en rond pendant 13 ans et il a fallu ce nouveau régime pour que les choses se mettent en place et qu’on prenne en compte nos cris de détresse.

Les choses ont changé avec le Président Macky Sall, mais d’un point de vue du droit, pensez-vous que ces chambres africaines sont tout à fait inattaquables ?

On ne peut pas les attaquer. C’est impossible. Ces chambres ne sont pas nées du hasard. Je crois qu’il y a des efforts qui ont été conjugués entre l’Union Africaine et le Sénégal, pour qu’il puisse avoir un accord de création de ces chambres-là. Je peux aussi dire que ces chambres relèvent d’une décision de la Cedeao, une décision issue d’une requête introduite par les avocats de Hissène Habré en annulation de la procédure contre leur client. La Cedeao a ouvert cette brèche en demandant au Sénégal d’ériger un tribunal à caractère international pour juger Hissène Habré, mais les juridictions sénégalaises en l’état ne pouvaient pas le faire. Donc, je crois que ces chambres africaines répondent bien à une décision de la cour de justice de la Cedeao et aussi ce qu’il sied de faire comprendre, c’est la décision de la Cour internationale de justice. Quand la Belgique a introduit une requête contre le Sénégal pour le voir juger ou extrader Hissène Habré, je crois que cette cour a condamné le Sénégal à juger Hissène Habré sans délais ou à l’extrader. Donc ces chambres répondent très bien aux deux décisions qui sont tombées et je ne vois pas comment on pourrait contester leur compétence.

Des experts en droit pénal disent que ces chambres sont copiées sur le modèle cambodgien, alors que les données ne sont pas les mêmes. Ils suggèrent une chambre pénale à la cour africaine…

Ce n’est pas possible. L’affaire Hissène Habré est une longue histoire. Si le Sénégal avait accepté de juger Hissène Habré, on n’en serait pas là. C’est parce que le Sénégal a refusé de juger Hissène Habré que nous sommes allés en Belgique. Et quand l’affaire avait été instruite en Belgique et que le magistrat belge avait lancé un mandat d’arrêt international contre Hissène Habré, la Belgique avait demandé son extradition. Si le Sénégal l’avait extradé, Hissène Habré aurait été jugé. Non seulement le Sénégal avait refusé d’extrader Hissène Habré, à l’époque c’était le président Wade, mais aussi il avait fait de l’affaire Habré une affaire africaine. L’affaire se retrouve sur la table de l’Union Africaine, qui tergiversait encore lorsque la décision de la cour de justice de la Cedeao est tombée. Le Président Wade s’en va, Macky Sall arrive et il épouse notre logique : celle de la lutte contre l’impunité. Il accepte de conclure un accord avec l’Union Africaine pour pouvoir exécuter son mandat puisque l’UA avait donné mandat au Sénégal de juger Hissène Habré au nom de l’Afrique. Ce qui n’avait jamais été fait. Macky prend le temps de conclure cet accord qui a donné lieu aux chambres africaines extraordinaires. Il faut repartir au bout de l’histoire de cette affaire, donc je ne vois pas pourquoi on va chercher d’autres raisons de blocages ou d’autres comparaisons de ces chambres africaines avec d’autres chambres qui n’ont pas la même histoire que les nôtres.

Depuis tout ce temps que vous vous battez, on vous voit entre Bruxelles, Paris, N’djamena et Dakar. Qui s’occupe de vos honoraires ? D’où viennent les financements ? Qui vous soutient ?

C’est une longue histoire, moi, je n’ai pas d’honoraire dans cette affaire. J’ai pris cette affaire en tant que défenseur des droits de l’Homme. A l’époque, au tout début même de la procédure, j’occupais le poste de secrétaire aux affaires juridiques au sein de mon association, qui est pratiquement l’association initiatrice de cette procédure contre Hissène Habré. Je suis défenseur des droits de l’Homme, je ne suis pas payée, personne ne pourra me payer, ce n’est certainement pas les victimes qui pourront me payer, parce que ce sont des personnes complètement démunies, elles n’ont rien. Ce sont les bailleurs de nos organisations, puisqu’il y a plusieurs organisations de droits de l’Homme dans cette affaire, ce sont les bailleurs qui nous aident avec de petits moyens, mais je crois qu’il y a plus de volonté que de moyens. Personne ne finance quoi que ce soit, je travaille de façon bénévole. Je suis une bénévole.

Que répondez-vous à ceux qui disent que la défense des droits de l’Homme est un fonds de commerce avec des financements occultes ?

(Elle rit) Qu’ils apportent la preuve de ces financements occultes. Peut-être qu’ils en savent quelque chose, mais je crois que, nous, on est tranquilles. C’est d’une façon très sereine que nous travaillons et nous ne nous reprochons rien du tout, sinon on n’en serait pas là. On aurait baissé les bras depuis longtemps.

Il y a encore une vingtaine de mois avant l’audience de jugement, ça peut être long et nécessiter d’autres financements…

On n’a jamais arrêté, il faut continuer à travailler et c’est maintenant que le vrai travail continue. Nous avons des éléments de preuve à apporter. C’est vrai que notre dossier est très solide, mais nous devons continuer à produire encore d’autres preuves. Cela demande un travail sérieux et des moyens ; nous allons continuer à lever des fonds, pour pouvoir faire face à cela. Et j’espère qu’on pourra y arriver.

Affaire Hissène Habré: « Je n’ai pas d’honoraires, je suis une bénévole » (Jacqueline Moudeina)

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