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Tchad, Berceau De L'humanité

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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 17:25

Personne n'a oublié les enfants faméliques du Biafra qui crevaient les écrans noir et blanc de l'ORTF à la fin des années 1960. Mais qui se souvient que la sécession du peuple ibo et sa répression par l'armée nigériane avaient un puissant relent de pétrole dans ce delta du Niger, qui en regorge ? Quarante ans ont passé, et l'on meurt encore pour cet or noir que les Africains - privés de ses dividendes - ont préféré appeler la "merde du diable". A mesure que les prix du baril flambent, de nouveaux eldorados s'ouvrent à l'exploration et un nombre croissant de pays deviennent exportateurs de pétrole. Dans ces Etats d'Afrique, de la Caspienne ou d'Asie aux fondations démocratiques fragiles ou absentes, le pétrole a allumé des foyers de tension qui risquent de déboucher sur des guerres civiles.

On ne recense pas de véritables guerres du pétrole entre Etats. Les militants d'extrême gauche et les altermondialistes veulent accréditer l'idée que les Etats-Unis ont envahi l'Irak en mars 2003 pour faire main basse sur les troisièmes réserves mondiales de brut. L'ex-président de la Réserve fédérale Alan Greenspan les a confortés dans leur certitude en affirmant que "la guerre en Irak était liée au pétrole". Certes, mais les dirigeants américains ont joué les gendarmes plus que les voleurs d'or noir. Ils restent persuadés que la sécurité d'approvisionnement est d'abord assurée par un marché mondial fluide, notamment en provenance du Moyen-Orient. "La politique pétrolière américaine dans cette région ne consiste pas à s'assurer un accès plus ou moins exclusif au pétrole du Golfe. Elle vise à empêcher quiconque de porter atteinte à l'intégrité des flux, en particulier à l'évacuation du pétrole saoudien", souligne Pierre Noël (Institut français des relations internationales) dans la Revue politique et parlementaire (2006).

Les crises internes, elles, se sont multipliées, plaçant les pays consommateurs devant un paradoxe : la diversification des sources pétrolières devait réduire leur dépendance au pétrole du Golfe ; elle pourrait accroître le risque de rupture d'approvisionnement en déclenchant de nouveaux conflits, alors même que la tendance générale est à leur diminution. Le nombre de guerres civiles (provoquant plus de 1 000 morts par an) est tombé de 17 à 5 entre 1992 et 2006. En tarissant les sources de commerce illicite, les sanctions de l'ONU et les accords entre Etats, traders et ONG ont permis d'éradiquer les "guerres du diamant".

Rien de comparable pour les crises dues à la soif de l'or noir, ce sang qui irrigue l'économie mondiale. "Les Etats producteurs représentent une proportion croissante des pays victimes de conflits. Ils sont le théâtre d'un tiers des guerres civiles, de faible ou forte intensité, contre seulement un cinquième en 1992", écrit Michaël L. Ross, professeur de sciences politiques à l'université de Californie à Los Angeles, dans un article publié par la revue Foreign Affairs (mai-juin 2008). Son titre - "Blood barrels" (barils de sang) - résume bien le propos.

L'histoire est riche de ces crises intestines, le temps présent plus encore. Si Bagdad ne boucle pas la loi sur le pétrole, dont l'adoption traîne depuis plus d'un an, une guerre civile entre sunnites, chiites et kurdes peut éclater pour le partage des revenus, le Sud chiite et le Nord kurde étant les deux grandes régions pétrolifères du pays. Quarante ans après la guerre du Biafra, le sud du Nigéria est devenu le théâtre d'attaques de plus en plus audacieuses contre les installations de Shell lancées par des mouvements mi-politiques, mi-crapuleux qui revendiquent une juste part du gâteau pour le peuple. En mai, des combats ont brièvement repris au sud du Soudan, dans la région pétrolifère d'Abyei. En Bolivie, la province de Santa Cruz, riche en gaz, revendique son autonomie par rapport au pouvoir central de La Paz. Le Timor-Oriental ou le sud de la Thaïlande sont devenus des zones à haut risque...

LA DOUBLE MALÉDICTION

La moitié des pauvres de la planète vit dans des pays riches en hydrocarbures ou en minerais. Cette pauvreté, les nouveaux venus au club des producteurs de pétrole (Guinée équatoriale, Soudan, Tchad, Sao Tome et Principe, Mauritanie, Cambodge...) risquent de s'y enfoncer - même à 200 dollars (125,75 euros) le baril -, comme des membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole avant eux. Tous n'ont pas connu de guerre civile, mais "près de la moitié des pays de l'OPEP étaient plus pauvres en 2005 que trente ans auparavant", note M. Ross. Le Nigeria est l'exemple le plus pathétique.

Car le pétrole semble porter en lui une double malédiction, économique et politique. Dans un enchaînement fatal, il enrichit artificiellement le pays, survalorise sa monnaie et pénalise productions locales et exportations tout en favorisant les importations. Le tout accentué par la mauvaise gouvernance : certains préfèrent bâtir une nouvelle capitale aux dimensions pharaoniques que de développer les infrastructures sanitaires, scolaires ou routières. L'enchaînement est aussi politique. L'or noir alimente le populisme, l'arbitraire et la corruption, nourrit la frustration des peuples privés de toute redistribution de la rente et fait naître rébellions ou mouvements séparatistes. Le détournement d'une partie de la manne, qui permet l'achat d'armes et d'allégeances, entretient à son tour d'interminables conflits. Les régimes russe, iranien et vénézuélien semblent s'être durcis à mesure qu'affluaient les pétrodollars.

Les Occidentaux ont cru trouver des remèdes. Au début des années 2000, la Banque mondiale a passé avec le gouvernement tchadien un accord qui se voulait exemplaire. N'Djamena devait sanctuariser 10 % de ses recettes pour les générations futures et en consacrer la plus grande part à la lutte contre la pauvreté, en échange de prêts. En 2006, l'accord n'a pas résisté aux appétits du président Idriss Déby, qui a puisé dans la caisse pétrolière pour financer ses aventures militaires. Avec le regain du "nationalisme énergétique", les dictateurs ont beau jeu d'y voir un avatar du "néocolonialisme". M. Déby ne s'en est pas privé.

L'Initiative pour la transparence des industries extractives, lancée en 2002 par Tony Blair, avait un objectif plus ambitieux. En imposant aux compagnies et aux Etats signataires la publication des flux financiers générés par l'exploitation des matières premières, elle devait favoriser leur contrôle par les populations et une meilleure allocation de ces revenus. Cette démarche tarde à porter ses fruits. Les inégalités et la violence prospéreront encore longtemps sur le terreau de la rente pétrolière.

Jean-Michel Bezat ( Le monde)

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