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Tchad, Berceau De L'humanité

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 12:50

images-copie-21.jpgL'année de tous les dangers s'ouvre au Soudan. Danger pour l'existence du pays, dont la partie sud doit décider dans un an, par voie de référendum, si elle fait sécession avec le Nord. Danger en raison de la menace de voir dans l'intervalle une série de conflits, du Darfour en passant par le Kordofan (centre du pays), s'étendre dans "une désintégration violente du pays", couronnée par une nouvelle guerre entre le Nord et le Sud, comme l'envisage un rapport de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne (IESUE).

Le plus grand pays d'Afrique subsaharienne doit réaliser, en douze mois, deux exploits pour lesquels il semble mal préparé. D'abord, organiser, en avril, des élections générales, les premières depuis 1986, sur la base d'un recensement contesté. Ensuite, amener les deux parties principales, le pouvoir nordiste, incarné par le Parti du congrès national (NCP) du président Omar Al-Bachir, et l'ex-rébellion sudiste, le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), vers l'organisation du référendum d'autodétermination, en janvier 2011. Si la consultation sur l'avenir du Soudan a bien lieu, son issue ne fait aucun doute. Les populations du Sud, comme leurs représentants, veulent la sécession. Salva Kiir, président du MPLS, l'a rappelé récemment dans un discours, affirmant que, le jour du référendum, l'option serait de "voter pour l'unité et devenir un citoyen de second rang dans votre pays", ou choisir la sécession, pour devenir "une personne libre dans un pays indépendant".


Les problèmes entre l'élite du Nord et les populations du Sud-Soudan n'ont jamais cessé depuis l'indépendance du pays, en 1956. Traités en sous-citoyens, en butte à toutes les discriminations, les sudistes ont été en état de guerre avec le Nord presque continuellement, notamment lors du grand conflit meurtrier (1983-2005) - deux millions de morts au total - qui s'est conclu par la signature d'un accord de paix global (CPA). Alors que le chemin vers la sécession semble tracé, rien n'a été préparé pour rendre la séparation fonctionnelle. Pour Damien Helly, éditeur du rapport de l'IESUE, l'urgence consiste à "organiser la coexistence pacifique" de deux futurs Etats séparés.


Rien n'assure que chaque partie jouera franc jeu jusque-là. Comment votera-t-on au Sud, alors qu'une vague de violences s'y répand depuis l'année passée ? Des tensions entre groupes ethniques, des actes de vengeance ou de banditisme ont été à l'origine d'attaques qui ont fait plus de 2 500 morts et 300 000 déplacés. Or des sources au sein des Nations unies et des observateurs estiment que ces violences seraient en partie dirigées par une aile du pouvoir nordiste, décidée à faire la démonstration que le Sud est "ingouvernable" et que le processus menant au référendum d'autodétermination doit être suspendu.


Si tel devait être le cas, le MPLS prononcerait son indépendance de manière unilatérale. Une telle décision pourrait conduire à la reprise de la guerre entre le Nord et le Sud, éventualité à laquelle chaque partie semble se préparer en s'armant massivement. Au Nord, en achetant des avions de chasse Sukhoï 25, des hélicoptères de combat ou des "orgues de Staline", mais aussi en faisant tourner les usines d'armement. Au Sud, en achetant du matériel, notamment une série de chars T72, acheminés clandestinement, comme l'a montré un rapport du Small Arms Survey (
www.smallarmssurvey.org).


La signature du CPA, le 9 janvier, était intervenue après trente mois de négociations sous forte pression américaine. Et avait été marquée par d'importantes concessions de la part des deux camps. Le pouvoir du Nord espérait obtenir la levée des sanctions américaines, ouvrant la voie à la "normalisation" du Soudan et à l'arrivée de sociétés occidentales capables de développer son potentiel pétrolier.


En cinq ans, tout a changé. Les deux camps sont émiettés en une série de baronnies. Les négociations s'en trouvent compliquées. Le Soudan s'est tourné vers ses autres partenaires, depuis la Chine, la Malaisie et l'Inde jusqu'aux pays du Golfe. Pour les faucons de Khartoum, la réconciliation avec Washington est aussi peu "attirante" que l'est l'unité du pays pour la population sudiste, qui voit les Etats-Unis comme leur véritable allié.

Vingt ans après la prise de pouvoir du général Al-Bachir, le Soudan est devenu une puissance pétrolière moyenne, troisième producteur d'Afrique subsaharienne. Cela alimente les rêves de puissance. Or les réserves pétrolières se trouvent dans le Sud, notamment près de la zone de séparation d'avec le Nord. Il n'est donc pas surprenant que le tracé de cette frontière soit bloqué. Le docteur Ghazi Salahuddin Atabani, proche conseiller du président Al-Bachir, a averti que ce litige portait la menace d'une "guerre".


Pourtant, l'un des meilleurs spécialistes de cette question, le professeur Douglas H. Johnson, assure que le tracé frontalier est réalisable avant le référendum, "pourvu que la volonté politique soit là". L'observation vaut pour tout le dossier soudanais. Plus que jamais, le pays a besoin d'attention pour que soient mises en place toutes les dispositions d'un accord de paix accueilli, il y a cinq ans, comme une des grandes avancées de l'Afrique.

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