LE BLOG ACTUTCHAD VOUS SOUHAITE LA BIENVENUE 

Actutchad

  • : Actutchad
  • : actutchad2008@gmail.com
  • Contact

Tchad, Berceau De L'humanité

  • Actutchad

3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 12:23

Nombre de fonctionnaires tchadiens exercent des activités lucratives, parallèlement aux fonctions qui leur sont dévolues. Certains gèrent des alimentations, des boutiques, des bars, des cabinets d’expertises, etc. tandis que d’autres sont devenus des fournisseurs attitrés de leur service.


"J’ai ouvert cette boutique parce que mon salaire ne couvre pas les besoins en nourriture de la famille. Une grande partie va dans le loyer qui fait 30 000 francs Cfa, les soins et autres ", avance un enseignant, père de 6 enfants, propriétaire d’une boutique. Il vend du sucre, du lait, du savon, des biscuits, des fromages, des fournitures scolaires, des boissons non alcoolisées.


La cherté de la vie, un facteur encourageant


Le gouvernement a revalorisé le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et pris des mesures de régulation des prix de produits de première nécessité pour améliorer les conditions de vie des Tchadiens qui ne cessent de se dégrader depuis la dévaluation du franc Cfa. Depuis cette période, on a assisté à une baisse régulière du pouvoir d’achat du travailleur tchadien qui est presque insignifiant aujourd’hui. Malgré ces mesures, une grande majorité des agents de l’Etat ne savent pas ce qu’ils mangeront le lendemain avec leurs familles à cause de la cherté de la vie. Le prix des denrées alimentaires n’est pas à la portée de bourses de la plupart des fonctionnaires. Par exemple, un sac de riz de 100 Kg coûte 40 000 Fcfa environ sur le marché, celui de mil pénicillaire, 26 000 Fcfa. Alors que le fonctionnaire ne gagne que 60 000 francs Cfa de salaire indiciaire. Avec ce salaire, il est obligé également de venir en aide à la grande famille.


"Ce sont les multiples sollicitations des parents et connaissances qui m’ont amené à ouvrir un bar-dancing, déclare une conseillère pédagogique de l’enseignement élémentaire. Je m’occupe de mes cinq sœurs divorcées avec leurs dix enfants. Comme le salaire ne permet pas de joindre les deux bouts, je suis obligée de vendre l’alcool pour leur venir en aide", poursuit-elle. Les travailleurs tchadiens croupissent sous le poids des charges sociales. D’après les résultats de la deuxième enquête sur la consommation et le secteur informel au Tchad (ECOSIT2), publiés en novembre 2006, par l’Institut national de la statistique, des études économiques et démographiques (INSEED), un Tchadien actif occupé supporte 2,3 personnes en plus de lui-même. Le contexte de paupérisation généralisée dans lequel vit la population pourrait être à l’origine de cette situation. Selon ces mêmes données, 55% de la population tchadienne vit en-dessous du seuil de pauvreté.


Cette situation peut être expliquée également par le fait culturel. La solidarité au sein de la famille pousse le travailleur tchadien à partager son salaire. Conséquence, il dépense tout ce qu’il gagne dans les problèmes sociaux ; il n’épargne pas en vue de construire un logement décent. Face à cette situation, certains sont contraints d’exercer de petites activités commerciales pour se construire un logement. "Grâce au bénéfice réalisé sur la vente des céréales, j’ai pu construit une habitation durable", souligne un cadre de l’administration publique. Il relate que son salaire ne suffit pas pour investir dans le logement. Ce dernier achète à bas prix avec les paysans, pendant les récoltes, du riz, du petit mil, du sorgho, du maïs qu’il stocke à la maison. Il revend ensuite cher ces produits vivriers au moment de la soudure.


Démis de fonction, mais pas démis de la Fonction publique


Il se plaint toutefois du sort de ses collègues qui n’exercent rien d’autre comme activité lucrative. Leurs salaires leur ne permettent pas de construire un logis durable ; ils dorment dans des habitations aux murs en banco. Selon les données de l’enquête démographique et de santé (EDST) de 2004, 70% des ménages tchadiens vivent dans des habitations aux murs en banco. Cette situation de précarité s’explique aussi par le coût élevé des matériaux de construction. Un sac de ciment revient actuellement à 10 500 Fcfa, souligne l’interlocuteur. D’autres qui ne sont pas responsabilisés, se lancent aussi dans les affaires. "Depuis deux ans, l’on ne m’a confié aucune tâche. Raison pour laquelle, je fais le trafic des engins", déclare un agent de l’Etat qui vend illégalement des motos importées du Nigeria. Il a perdu son poste de direction dans l’administration publique qui n’utilise pas de manière rationnelle ses agents.


Certains cadres démis de leurs fonctions, ne sont pas responsabilisés. Certains restent à la maison sans rien faire et attendent la fin du mois pour percevoir leur salaire, renseigne un autre haut cadre de la hiérarchie administrative. Or, le salaire est la contrepartie du travail fourni. D’autres fonctionnaires s’installent à leur propre compte en créant des cabinets d’audit ou en exerçant d’autres activités libérales, rapporte un agent de l’Etat.


Pourtant, la loi n°017/PR/2001 du 31 décembre 2001 portant Statut général de la fonction publique interdit formellement aux fonctionnaires d’exercer à titre professionnel et de manière permanente une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit. L’activité lucrative peut se définir comme toute activité, qu’elle soit libérale, commerciale ou salariée, permanente, temporaire ou même occasionnelle, effectuée contre rémunération. Cette mesure d’interdiction qui vise à garantir la bonne exécution du service public par l’assurance d’une disponibilité des agents, ne s’applique qu’aux personnes nommées dans un emploi public permanent et qui sont titularisées dans un corps de la hiérarchie des cadres de l’administration de l’Etat. Le personnel des assemblées parlementaires, les magistrats de l’ordre judiciaire, les militaires des forces armées, les agents des collectivités locales et des établissements publics, les auxiliaires de l’administration, les agents relevant du code du travail qui sont régis par des statuts particuliers, ne sont pas concernés


Des dispositions légales pourtant bien claires


La violation de cette loi par un fonctionnaire expose celui-ci aux sanctions. Elles vont de l’avertissement à la révocation en passant par le blâme avec inscription au dossier, la retenue de traitement, l’exclusion temporaire des fonctions et l’abaissement d’échelon, voire la poursuite pénale. En dépit de cette proscription, nombre de fonctionnaires tchadiens qui exercent des activités commerciales ne sont pas sanctionnés. Conséquences, le cumul des activités lucratives, parallèles aux fonctions, a des conséquences sur le rendement des agents de l’Etat. "Je travaille le soir dans mon échoppe. Parfois, je finis à 20 heures. Le lendemain, je ressens une fatigue pendant les premières heures de cours ", a expliqué un enseignant, propriétaire d’une alimentation. Le formateur relate qu’il libère les élèves très tôt le matin en leur donnant des exercices à traiter à la maison pour aller se reposer. En s’absentant, l’enseignant ne pourra pas achever son programme annuel ; il ne pourra pas donner un enseignement de qualité dispensé aux élèves. "Je viens très tôt le matin servir le stock avant d’aller au travail. Je reviens le soir tard faire le compte. Cela a des conséquences sur mon activité professionnelle. Car, je me rends souvent en retard au boulot ; je somnole souvent à partir de 11 heures ", déclare une fonctionnaire qui gère un débit de boisson. Je suis consciente de cela, mais je suis obligée parce que le bénéfice me permet de joindre les deux bouts, explique-t-elle.


Selon les résultats de l’ECOSIT de 2006, plus de la moitié des travailleurs de la fonction publique travaillent moins de 8 heures par jour ouvrable. Cette situation entraînerait des durées longues pour traiter les dossiers et par conséquent réduit le rendement dans l’administration publique. En outre, elle occasionne un manque à gagner pour les régies financières publiques. Il est banal de nos jours pour certains médecins de donner rendez-vous à leurs patients dans leurs cliniques et officines privées. On pourrait aussi citer l’exemple de ce haut responsable d’un établissement d’enseignement supérieur de la place qui a ouvert le même genre de structure, mais cette fois-ci à titre privé. Cela entraîne une concurrence ouverte vis-à-vis de son employeur, l’Etat. Mais on laisse faire.


L’administration publique est la plus grande pourvoyeuse d’emplois. Mais, depuis la mise en place en 1991 des plans d’ajustement structurels, avec en particulier la réduction des dépenses publiques, l’Etat a gelé les recrutements. Beaucoup de Tchadiens sont en quête d’un emploi. En 2006, par exemple, l’Office nationale pour la promotion de l’emploi (ONAPE) a enregistré 4496 demandes d’embauche. L’agent public qui pratique les activités qui pourront être faites par une personne sans emplois doit être sanctionné ; car il exerce une concurrence déloyale contre les gens en quête de boulot. L’Etat doit aussi inciter ses agents au travail en améliorant leurs conditions de vie. Il doit par exemple octroyer aux fonctionnaires les crédits pour le logement ou contrôler les prix des denrées alimentaires pour qu’ils soient accessibles à tous.


Alphonse Dokalyo

Partager cet article
Repost0

commentaires