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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 00:17
Histoire du Tchad: Le 1er juin 1909, Le combat de Djohamé

Le combat de Djohamé

D’après « Histoire militaire de l’Afrique Equatoriale française » – Commandant Maurice Eugène Denis – Colonel René André Marie Viraud – 1931

Malgré la menace que constituait le Ouadaï sur les confins Est du territoire, malgré l’insécurité régnant sur le front Nord, un seul bataillon continuait à tenir et à défendre les immenses étendues péniblement conquises et pacifiées à force de patience, d’énergie, et d’audace. La situation était d’autant plus grave que les troupes françaises allaient se trouver amenées à pousser encore de l’avant et à accroître démesurément une zone d’action déjà trop vaste.

Le bataillon mixte du Tchad avait alors un effectif théorique de 1200 hommes. Il comprenait de l’infanterie, de l’infanterie montée, de l’artillerie et de la cavalerie. L’escadron et la batterie, qui avaient jusqu’alors compté parmi les troupes du Tchad, venaient d’être supprimés en 1908 en tant qu’unités administratives autonomes et leurs éléments répartis entre différentes compagnies.

Dans les premiers mois de 1909, la répartition des troupes était sensiblement la suivante :
- un groupe dans le Kanem, face au Borkou (3 00 hommes environ) : 4e compagnie ;
- un groupe (le plus important) dans le Dékakiré et le Fittri, face au Ouadaï (500 hommes environ) : 1e et 3e compagnies ;
- une très faible réserve sur le Chari (125 hommes environ, dont une cinquantaine à peine disponibles) : 2e compagnie.

Le bataillon de l’Oubangui-Chari tenait Fort-Archambault, Laï et Léré.

Le lieutenant-colonel Millot exerçait depuis le mois de juin 1908 le commandement du territoire. Le chef de bataillon Julien était son délégué sur la frontière ouadaïenne.

A la fin d’avril 1909, de gros rassemblements ouadaïens étaient signalés en formation à Am Gherma et à Djouar. Leur objectif semblait être Birket Fatmé, leur but : enlever Acyl.

Le capitaine Fiegenschuh décida de se porter contre eux avec toutes les forces disponibles des postes d’Ati, de Barouella et de Boullong. « La reconnaissance, écrivait-il, poussera en avant aussi loin que possible pour mettre un terme à la menace ouadaïenne ». Elle devait pousser en fait jusqu’à Abéché.

Le détachement, composé de 4 sections d’infanterie et 1 section d’artillerie (2 pièces de 80 de montagne), se réunit le 22 mai à Birket Fatmé.

Il comprenait : 5 officiers (capitaine Fiegenschuh, lieutenants d’infanterie coloniale Bourreau et Lucien, lieutenant d’artillerie coloniale Rupied, médecin aide-major Cotard ; 5 sous-officiers européens ; 180 tirailleurs et auxiliaires instruits, dont 25 montés ; 40 canonniers et conducteurs.

Le sultan Acyl, avec 300 cavaliers, accompagnait la reconnaissance. La partie qui allait se jouer était décisive pour lui : le trône du Ouadaï en était l’enjeu.

Le lieutenant Raymond, de Yao, avec une trentaine de tirailleurs, prenait le commandement d’Ati. Il devait, suivant les circonstances, venir renforcer le détachement ou agir vers le nord.

Partie de Birket Fatmé le 23 mai, la colonne arriva le même soir à Birel. Les renseignements recueillis permettant d’escompter une rencontre avec l’ennemi vers Oum Hadjer, ordre fut envoyé au lieutenant Raymond de rallier d’urgence. Le 26, la reconnaissance atteignit Oum Hadjer, où le lieutenant Raymond rejoignit le lendemain. L’effectif de la colonne était désormais de : 12 officiers et sous-officiers européens, 250 tirailleurs, canonniers et auxiliaires, 300 partisans.

Oum-Hadjer se trouvait à la limite de la zone d’action fixée par le commandant du territoire. Le capitaine décida la création d’un poste, analogue à celui de Birket Fatmé, afin de marquer la ferme volonté de ne tolérer désormais aucune incursion ouadaïenne sur les territoires protégés. 50 partisans d’Acyl y tiendraient garnison.

Mais de nouveaux renseignements arrivaient : les forces ouadaïennes signalées paraissaient s’élever à 1500 hommes sous les ordres de l’aguid Salamat et de Badiour. Très inquiets de la démonstration entreprise par les Français, les deux adjaouil se replièrent vers Bororit, sur la route d’Oum Hadjer à Abéché.

Les travaux du poste étaient à peu près terminés. Le capitaine Fiegenschuh, dont la ligne de communications avec Ati était bien gardée par Birket Fatmé et Oum Hadjer, prit la résolution de marcher à l’ennemi, pour profiter de l’état d’indécision où il se trouvait.

La marche fut reprise le 28 au soir, avec objectif Bororit, d’où l’on délogeait, le 30 au matin, une patrouille ennemie. Le lendemain matin, 31, à Am Kouta, quelques coups de canon suffirent à décider à la retraite, l’arrière-garde ouadaïenne. Le détachement s’installa en toute sécurité sur un mouvement de terrain d’où l’on dominait l’horizon. L’ennemi avait refusé le combat à moins de 150 kilomètres d’Abéché.

Des renseignements très favorables parvinrent alors. Un des hauts dignitaires du Ouadaï, le djerma Hasser, fît connaître à Acyl qu’il abandonnait la cause de Doudmourrah et se portait vers le sud avec ses 800 fusils.

Un autre, le kamkalak Smaïn, en expédition dans le Massalit avec 270 fusils, était décidé à ne pas rejoindre le sultan. Le djerma Ahmed, fils de l’aguid Mahamid, tué à Djoua, était tout disposé à faire défection avec ses 600 à 800 fusils. Quant aux deux adjaouil fidèles, ils se retiraient sur Imémé, point d’eau de l’ouadi Chauk à 30 kilomètres d’Am Kouta, sur la route d’Abéché, pour y attendre des renforts que devait leur amener le sultan.

Résolu à les attaquer sans retard, le capitaine fit reprendre la marche, campa à 11 heures du soir à Tabaye et en repartit à 4h30 du matin. Objectif : Imémé.

D’après les renseignements, l’ouadi Ghauk était plein d’eau, les environs immédiats d’Imémé étaient très boisés, tandis que sur la route d’Abéché, laissant Imémé à l’est, le terrain était découvert.

Le capitaine décida de se porter au nord de l’ouadi Chauk en terrain découvert et d’installer la reconnaissance en halte gardée afin de se renseigner et de ne pas risquer un combat dans la zone très boisée d’Imémé.

Quelques centaines de cavaliers, aperçus à 7h30 dans la vallée, furent dispersés à coups de canon. L’ouadi Chauk fut franchi sous la protection de la section d’avant-garde. Au moment où le gros de la colonne arrivait sur le plateau, la flanc-garde de droite, qui venait d’occuper le village de Djohamé, en fut brusquement délogée par un fort parti ouadaïen débouchant dans la vallée boisée (10h15).

Le capitaine donna l’ordre :
- Aux sections du lieutenant Raymond et du sergent Parmentier (à droite dans l’ordre de marche), de faire face à Djohamé et de marcher sur ce village ;
- A la section d’avant-garde (lieutenant Bourreau), de faire face à l’ennemi qui s’installait au nord de Djohamé ;
- A l’artillerie, d’ouvrir le feu sur Djohamé et la ligne ennemie ;
- Aux sections du lieutenant Lucien et de l’adjudant Maroselli, de rester en réserve sur les flancs du convoi et de l’ambulance, établis en arrière du léger mouvement de terrain que traverse la route.

Les cavaliers d’Acyl rejoignirent le convoi.

Pendant l’exécution de ces ordres, les lignes ennemies se renforcèrent rapidement, leur feu devint intense. Bien ravitaillés en munitions, les Ouadaïens tiraient sans compter, mais leur feu était heureusement mal ajusté. Forts de leur nombre, ils cherchèrent à tourner la ligne française par le sud.

Le capitaine Fiegenschuh leur opposa la section Lucien, secondée par 100 partisans d’Acyl, et donna aux sections Raymond et Parmentier l’ordre de se jeter sur Djohamé. A ce moment (10h35), il tomba grièvement blessé au cou. Le lieutenant Bourreau prit le commandement, laissant sa section au sergent Léandri.

Cependant, appuyées par le feu de l’artillerie et brillamment enlevées par leurs chefs, les sections Raymond et Parmentier emportèrent Djohamé d’un vif élan. Un étendard fut pris. Le lieutenant Lucien arrivait à ce moment sur la ligne, entraînant par son exemple les irréguliers d’Acyl.

A gauche, la section Léandri et la section Maroselli, qui s’étaient d’elles-mêmes portées au feu, progressaient également. Les Ouadaïens se replièrent sur une lisière de bois où ils furent recueillis par une ligne en réserve.

Le lieutenant Rupied, qui suivait attentivement le mouvement, allongea son tir et arrosa les lisières. Il prépara ainsi efficacement l’action des sections de première ligne qui, par de vigoureuses charges, prirent successivement pied dans les bois à partir de la droite. Dès ce moment, la progression fut continué mais des plus pénibles.

Les nombreux bras de l’Ouadi Chauk, les fourrés fort épais, favorisaient les Ouadaïens. La résistance fut d’autant plus longue que, dans ce terrain très couvert, l’artillerie ne pouvait appuyer le mouvement sans s’exposer à tirer sur sa propre infanterie.

A midi 30, toute la ligne conversant sur sa gauche, avait refoulé l’ennemi vers Imémé. Les charges à la baïonnette répétées sur tout le front achevaient de briser la résistance ennemie. A 13h15, l’ennemi était en pleine retraite.

Quelques heures de repos étaient indispensables. 200 cavaliers d’Acyl furent chargés de la poursuite. Le reste du détachement rejoignit l’artillerie et le convoi.

Les pertes étaient : le capitaine Fiegenschuh, gravement blessé, 2 tirailleurs tués, 13 tirailleurs ou irréguliers blessés.

On sut par la suite que, dans la nuit du 31 mai au 1er juin, Doudmourrah avait rejoint ses deux adjaouil et que la colonne française avait eu affaire, à Djohamé à toutes les forces ouadaïennes disponibles, soit 4500 hommes, dont 1700 environ armés de fusils à tir rapide. L’ennemi avait eu 350 tués et autant de blessés.

Source: http://aufildesmotsetdelhistoire.unblog.fr/

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