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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 23:16
Parc de Zakouma/Tchad: Ces éléphants qu'on assassine

Alors que le trafic d’ivoire ne cesse de s’intensifier, le parc de Zakouma, au Tchad, s’est lancé dans une véritable guerre contre le braconnage, avec la bénédiction du gouvernement.

C’est une grande tache gris anthracite sur le sol rougi par le soleil couchant. Un troupeau de 400 éléphants, qui se déplace dans la poussière à la recherche d’un des rares points d’eau encore existants en cette saison sèche. Un trésor que surveille trois ou quatre fois par semaine Rian Labuschagne, le directeur du parc national de Zakouma au Tchad, depuis son petit avion à hélice. Son obsession : observer, photographier et compter les pachydermes pour vérifier que leur nombre n’a pas diminué. Car ces éléphants, comme tous ceux d’Afrique, sont en danger. Depuis une dizaine d’années, ils sont décimés pour leur ivoire par des hordes de braconniers agissant à cheval, à dos de chameau et même depuis peu par hélicoptère. Avec plus de 10 000 carcasses trouvées sur le continent, l’année 2012 apparaît comme la plus sanglante de ces deux dernières décennies. Les régions les plus touchées sont celles d’Afrique centrale – Tchad, Cameroun et République centrafricaine –, là où l’on trouve des éléphants de forêt, offrant un ivoire jaune de meilleure qualité. Rian parle de « génocide ». Ce Sud-Africain mutique au visage buriné est arrivé à la direction du parc il y a deux ans, au plus fort des massacres : 800 éléphants venaient d’être tués. Habib, un employé du parc, se souvient : « Le parc était alors dans un état déplorable. Il était devenu une réserve pour chasseurs d’ivoire. Le ministère de l’Environnement se sentait dépassé. La Commission européenne le subventionnait depuis 1987, mais à perte. Les gardes avaient peur et ne savaient plus quoi faire. Chaque jour, on trouvait de nouvelles carcasses. Ça puait le cadavre parfois jusqu’aux lodges des touristes ».

Rian écoute en silence. Lui et sa femme Lorna ont travaillé pendant des années pour la protection des rhinocéros noirs en Tanzanie. L’espèce a quasiment disparu du continent à cause de sa corne, consommée sous forme de poudre en Asie pour ses prétendues vertus aphrodisiaques. Cette histoire, ils la connaissent par cœur. Alors ils sont allés proposer leur savoir-faire au gouvernement tchadien. Ils ont employé les mots forts. Ceux de la guerre. Ils ont demandé des armes et un soutien militaire. Le projet a fait mouche. Leur employeur, l’ONG African Parks, a obtenu le marché. C’était en 2010. Depuis, Zakouma est devenu un vrai bastion antibraconnage. Pas un seul éléphant n’a été tué sur son territoire. Même les squelettes des pachydermes sauvagement dépecés ont disparu. Mais la menace plane toujours. Tout le monde a en tête le carnage de l’année dernière dans le parc de Boubandjida, à 800 kilomètres de là, au Cameroun. Officiellement, 280 pachydermes ont été massacrés en huit semaines. Mais ils pourraient être 200 de plus à pourrir dans les zones inaccessibles du parc, tués avec une précision déconcertante : une balle dans le cœur, l’autre dans la tête. Les animaux, parfois encore agonisants, ont été dépouillés de leurs défenses dans la foulée, à coups de machette. Les professionnels, qui n’avaient jamais rien vu de tel, craignent une nouvelle incursion. En mars, 86 éléphants dont 33 femelles gestantes, ont encore été tués en deux jours, dans le sud-est du Tchad, à la frontière avec le Cameroun. « Ça va continuer », soupire Rian.

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