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Tchad, Berceau De L'humanité

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 13:45

237948.jpgAlors que le tchadien sera reçu ce mercredi par à l’Elysée, Massalbaye Tenebaye, 53 ans, président de la Ligue tchadienne des droits de l'Homme (LTDH), dresse un portrait ravageur de la situation de son pays sur le plan social et celui des libertés publiques. «Hyperprésidentialisme», «rupture de tout dialogue avec la société civile», «recul de la liberté de la presse».

 

Qu'attendez-vous de cette rencontre Hollande/Déby?

MASSALBAYE TENEBAYE. Déby est encore au pouvoir parce qu'il est soutenu par Paris. Après plus de vingt ans à la tête de l'Etat, il est temps que cet homme impopulaire qui n'écoute personne, n'a pas d'attention vis-à-vis des populations et opère une main-mise sur les richesses du pays s'en aille. Tout projet politique futur doit inscrire la question de l'alternance en son cœur. L'arrivée des socialistes au pouvoir en France devrait favoriser certaines évolutions.

 

Hollande abordera-t-il l'affaire Ibni Oumar, opposant disparu lors des événements de février 2008 et membre de l'Internationale socialiste?

 
M.T. Nous l'espérons. La «question Ibni» doit être inscrite à l'ordre du jour. Le rapport de la commission d'enquête, dont j'ai dirigé l'unité d'investigation, démontre qu'il s'agit d'une disparition forcée. Or la justice tchadienne, prompte à poursuivre des responsables syndicaux ou le directeur d'un journal (celui du N'Djamena Hebdo, ndlr), n'avance pas sur ce dossier.

Un pouvoir qui s'enrichit grâce au pétrole

Malgré la paix avec le Soudan, malgré l'argent du pétrole, la situation sociale est tendue...

M.T. Ces évolutions auraient dû favoriser la redistribution des richesses. Or la main mise du clan Itno (la famille du président, ndlr) sur «les pétro-CFA» est totale. D'un hyper-présidentialisme, le Tchad glisse vers une monarchisation, à cause de l'argent du pétrole. Il y a rupture du dialogue avec l'opposition, avec la société civile mais aussi avec l'Eglise, ce que montre l'expulsion récente de l'évêque de Doba (principale région d'exploitation du pétrole, au sud, ndlr) ou la poursuite de la grève des travailleurs de l'Union des syndicats (les fonctionnaires protestent depuis dix semaines, ndlr). Le régime ne supporte plus la critique. Le nouveau projet de loi sur la presse, qui assimile toute critique de l'institution à une trahison, marque un terrible recul.

 

Le Tchad pourrait-il connaître son «printemps»?
M.T. Oui, car le ras-le-bol est très profond. Mais il manque un leader charismatique pour le soutenir. Les quelques manifestations aux cris de «Déby dégage» au moment du Printemps arabe ont suscité un déploiement de la police et de l'armée à tous les angles de rues. Déby a une peur bleue de ce type de mouvement.

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 10:13

DSCF2308.jpgRien ne va plus au pays de Toumaï et cela perdure de génération en génération. Bon nombre d’entre nous ne sont-ils déjà tentés de se dire que notre pays est livré à jamais à cet obscur sort ? Non, il ne s’agit en aucun cas d’une fatalité, mais il s’agit là bel et bien du fait de l’homme. Ce qui est fait par un homme, peut-être défait par un autre sinon le régime NAZI aurait survécu jusqu’à aujourd’hui. Nous n’avons pas besoin de nos jours de faire le tour du monde pour constater notre considérable retard sur tous les plans, et d’admettre que cette ébullition qui couve exploserait tôt ou tard.

 

L’avènement de la démocratie dans notre pays le 1er décembre 1990 ne fut qu’un leurre. Pourtant, tout semble bien indiquer que le pays était entré dans une nouvelle ère de libération nationale, après huit années de féroce dictature qui a endeuillé presque toutes les familles tchadiennes.  Les criminels et les tortionnaires de l’ancien régime n’ont jamais répondu devant la justice de leurs abominables actes. Ils jouissent bien au contraire, d’une totale impunité à tel point que ces individus en oublient même qu’ils sont avant tout responsables de crimes contre l’humanité, et par conséquent il n’existe point de prescription en la matière.   

 

Rappelons que presque vingt ans après l’horreur qui a secoué le Rwanda dans les années 1994, le Tribunal pénal international pour le Rwanda juge encore les bourreaux de ce génocide. La plupart d’entre eux sont souvent arrêtés au fin fond du globe, car ils ont cru à tort commettre de tels crimes inimaginables et s’évanouir dans la nature.  Lors de sa prise officielle de fonction en qualité de Chef de l’Etat, le futur machiavélique et despote Idriss DEBY avait prononcé au cours de son allocution,une phrase restée célèbre et gravée à jamais dans la mémoire collective que je cite : « ce cadeau n’est ni or, ni argent, mais c’est la liberté ». Cette liberté promise tant attendue et espérée par un peuple tout entier, était dans les faits le prélude d’une apocalypse déguisée.

 

La sensation d’euphorie qui a envahi tous les Tchadiens n’a duré qu’un court instant, puisque la tragédie dissimulée derrière cette volonté de prise de pouvoir n’a pas tardé par se manifester. Depuis lors, il ne se passe pas un jour sans que de paisibles citoyens ne soient dépouillés de leurs maigres moyens de subsistance, voire tués par des individus armés, connus de tous et protégés.L’expérimentation de tout ce qui relève de l’absurdité a atteint son apogée depuis belle lurette. Toute une génération des Tchadiens n’a connu que l’oppression et l’injustice. Le pire avec ce régime du despote Président à vie, l’une des dernières dictatures staliniennes sur terre, aucune alternative politique ne se profile à l’horizon.

 

Ce sanguinaire dictateur avide du pouvoir, responsable de centaines des milliers de morts, habité par la violence, le désordre et le chaos, et aveuglé par la cupidité d’une infime minoritén’agit que pour le compte de celle-ci.Non seulement il a conduit le pays dans un telétat de délabrement à cause de sa mauvaise gestion, mais il a aussi compromis tout éventuel redressement du pays en éliminant physiquement des leaders politiques non-violents et intègres. Avec sa bénédiction une infime minorité s’est emparée progressivement de tous les leviers adéquats sans exception, en vue de s’éterniser au pouvoir et de surcroît continuer les pillages systématiques des ressources du pays. Il a instauré dans le pays un mode de gouvernance basé sur un redoutable système mafieux, d’où l’opacité totale dans les comptes publics.

 

Un tiers de dépenses de l’Etat n’est pas inscrit dans le budget national, et de toute façon aucun service de l’Etat n’est en mesure de chiffrer avec exactitude ce que cela représente. D’ailleurs en existe-t-il déjà un service de l’Etat digne de ce nom dans ce pays ?Normal, dans un Etat inexistant au milieu des précipices enfin pour la majeure partie des Tchadiens, c’est le contraire qui aurait surpris. Les récents mouvements sociaux qui ont duré plus d’un mois, et qui sont des revendications légitimes des travailleurs du secteur public ont démontré parmi tant d’autres situations que les préoccupations du dictateur sont ailleurs. C’est un mécontentement social inexprimé et supporté par les agents de l’Etat depuis des années qui vient de se mettre au grand jour. Il traduit un sentiment de frustration et d’humiliation qu’ils endurent à la fin de chaque mois et cela dure déjà.

 

En effet, les agents de l’Etat ne perçoivent plus leurs salaires régulièrement à la fin de chaque mois depuis très longtemps, pendant qu’une infime minorité des protégés s’offre le plaisir d’étaler le faste de son train de vie et de célébrer ses milliards acquis illicitement.  C’est intolérable et injustifiable pour un pays qui exploite et exporte son pétrole depuis plus de dix ans, de soumettre ses propres agents dans le joug de cet asservissement.L’improvisation, l’amateurisme et l’indifférence du gouvernement face à cette crise sociale ne se sont pas fait attendre.  Ne sachant apporter des réponses concrètes à cette crise, le gouvernement comme à son habitude patauge ens’abritant derrière des arguments saugrenus et infondés. Sa réponse a consisté à prendre des mesures de rétorsion, autrement dit des affectations sanctions, des retentions de salaires et condamnation des journalistes qui n’ont fait qu’accomplir leur devoir d’informer.

 

Etouffer une crise sociale par la répression en détournant la justice de sa véritable mission, ou bien impliquer des Responsables religieux dans un conflit social qui découle d’une injustice inouïe relève d’une méthode d’un autre temps. Il en revenait de même de faire grève ou pas, tant que l’infime minorité vaque à sa déprédation quotidienne le reste n’a pas d’importance.

 

Dans un Etat dans lequel les institutions nationales fonctionnent correctement, c’est au gouvernement qu’échoit la mission de déterminer et de conduire la politique de la nation. Or dans notre pays où la gabegie est reine, seuls les caprices et les délires les plus fous du prince, enfin seuls les caprices et les délires les plus fous du couple princier comptent. On ne peut nier l’évidence d’une dyarchie à la tête du pays compte tenu des considérables et néfastes influences de la première dame sur son mari de Président.

 

En vérité,notre pays est un Etat privatisé et qui essaye bien que mal de donner l’image d’un pays dit : « normal ». Il suffit de faire le constat sur le terrain avant de s’en apercevoir que  tout a été déjà réparti entre les membres de cette infime minorité.Non seulement aucun secteur de l’économie n’a dérogé à cette folle règle, mais en plus cette privation sauvage s’est étendue sur tous les autres domaines y compris ceux qui relèvent des missions régaliennes de l’Etat.

La lente marche vers l’accaparement de toute l’économie du pays s’est accélérée dans les années 1999, avec l’acquisition en dehors de tout cadre légal de l’Office national des routes (Ofnar), baptisé depuis lors Société nouvelle d’études et de réalisations (Sner) par Mr Daoussa DEBY qui n’est autre que le frère du Président.

 

Tout est élaboré, décidé et exécuté en fonction de leur intérêt, au détriment de l’intérêt général qui est censé justifier toute action des pouvoirs publics.Les nominations à des postes des responsabilités et notamment ceux à caractères financiers, leurs domaines de prédilection, disons plutôt les successions à tour de rôle se décident en réunion de famille et le moindre désaccord sur ce tour de passe-passe se règle aux frais de l’Etat.L’incendie qui a ravagé dernièrement le dépôt de la douane de N’guéli est on ne peut plus claire.Tout comme l’annulation des résultats du baccalauréat première session de 2012, résulte du simple fait que des candidats issus de cette infime minorité et qui sont choisis par le régime pour suivre des études supérieures en mine, en vue de ruiner la future exploitation du gisement minier n’ont pas été reçus.

 

Par ailleurs, la sinistre Direction générale de grands travaux et projets présidentiels est un véritable organe de détournement des fonds publics. Etat dans un Etat, cette direction est l’œuvre des tristement célèbres corrompus du régime. Ils sont connus par leurvalse entre gouvernement et présidence de la république, et ne se sont jamais privés de tout ruiner sur leur passage. Dans le but de justifier l’irrémissible, ces ripoux n’ont pas manqué d’idées afin de tromper les bailleurs de fonds et l’opinion internationale sur la confiscation de cette manne pétrolière par une infime minorité de la population.Il suffit pour cela de faire la comparaison entre les fonds réels affectés à cette structure, et les réalisations concrètes de tous les soi-disant grands travaux et projets présidentiels. Le décevant résultat est à la hauteur de leurs imaginations.

 

Une leurs meilleures réalisations est l’aménagement d’une bagatelle place de la nation qui a coûté pas moins de dix milliards de FCFA. Alors qu’au même moment, le minimum vital pour vivre décemment en tant qu’être humain fait défaut à la majeure partie de nos compatriotes.On peut se passer de commentaires tant l’horrible situation parle d’elle-même.

 

Tout ce qui vient d’être décrit ne représente qu’une goutte d’eau dans l’océan. Le malheur qu’endure le peuple tchadien depuis plus de deux décennies de règne du despote DEBY, ne peut se résumer en quelques pages. Avec tout cet arsenal militaire constitué avec la manne du pétrole, nous sommes conscients que Mr DEBY est prêt à commettre l’une des pires tragédies pour se maintenir ou placer un des siens au pouvoir.Cet inaudible et aveugle régime que l’on ne sait  finalement dans quelle catégorie des barbaries  placer, n’hésiterait pas une seconde à réprimer dans le sang tout désir du changement.Nous avons le devoir de nous mobiliser afin de sensibiliser et d’alerter l’opinion internationale pour l’instauration d’un embargo sur la vente d’armes au Tchad.

 

Compte tenu de l’histoire tragique de notre pays, nous devons renoncer de recourir aux armes pour régler tous les maux qui minent notre pays. Le sang a trop coulé et ça doit suffire ainsi. Cela s’inscrit dans la logique de notre lutte pour la liberté, et est valable pour le régime de Mr DEBY en premier lieu. C’est un combat pour une véritable démocratie, pour la liberté et le développement de notre pays.La lutte contre l’injustice et l’oppression est un combat de longue haleine et rien n’est acquis d’avance. Nous devons dénoncer haut et fort cette injustice et cette oppression et affirmer clairement notre désir pour un réel changement dans notre pays.  Tout homme est censé naître et vivre libre, par conséquent les Tchadiens aussi sont censés naître et vivre libres.La liberté s’arrache et non ne s’octroie.

 

Mahamat Saleh ABDERAHIM DAHAB

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 13:09

abdel-rhamane-haggar.jpgEnseignant-chercheur à l’Université de N’Djaména et président du conseil de pilotage de HEC-Tchad, il explique les problèmes qui minent le système éducatif tchadien, suggèrent des solutions pour une éducation respectant les normes et appellent les politiques à plus de responsabilité.

 

Quelle analyse faites-vous du système éducatif tchadien? Un système en pleine mutation depuis quelques années.
La première chose qui saute aux yeux est que le système éducatif tchadien se porte très mal. La preuve est qu’il y a un forum qui vient de s’ouvrir pour diagnostiquer le système éducatif en général. La crise du système éducatif tchadien peut s’analyser à travers plusieurs indicateurs. L’indicateur le plus visible est celui de la baisse de niveau. Lorsqu’on essaye de faire une petite projection sur la base de cette baisse de niveau, d’ici une dizaine d’année, le pays risque de consacrer d’énormes ressources, non pas pour importer des machines mais pour importer des hommes pour travailler à la place des Tchadiens. Et ce serait le plus grand dommage qu’on ferait à l’économie nationale.


Aujourd’hui, lorsque vous observez attentivement l’école primaire, secondaire ou supérieure, vous avez une idée exacte de ce que sera le pays demain. La mort de l’administration dont on se plaint aujourd’hui, la crise de l’autorité qui est une réalité, les difficultés de fonctionnement au niveau des institutions, tel que le ministère des Finances et du Budget, de la Fonction publique, de l’armée nationale, etc. sont en fait le reflet de la crise du système éducatif tchadien. Je ne parle pas du comportement des gens, de l’attitude civique de certains responsables…

 

Le système éducatif tchadien, en toute sincérité, je ne vois pas la peine de faire semblant pour mélanger le chou et la chèvre et dire qu’il va plus ou moins bien. Il est tout simplement en crise. Je le dis, parce que d’autant plus, je suis un enseignant, je n’ai pas besoin d’utiliser une langue de bois pour caractériser une réalité qui mérite qu’on la décrive telle qu’elle se présente à nos yeux. Ceci étant dit, une crise est une chose mais toutes les crises du monde ont eu des solutions. Donc il est temps qu’on mette en place un système de contre-crise pour régler définitivement cette histoire. Un système de contre-crise construit sur la prise en compte du problème et la proposition des solutions idoines à ces problèmes. A commencer par la réflexion, les moyens à mettre en place pour la réflexion, les politique pour la mise en place de cette réflexion, les moyens pour la mise en œuvre de la politique au service de l’administration. C’est tout un processus et Dieu merci, il y a encore des compétences au Tchad pour faire ce travail là! D’ailleurs je salue l’organisation de ce forum présidé par un personnage emblématique de l’éducation nationale (Ndlr, Abderamane Koko).


Il ne suffit pas seulement faire de présider le forum par des personnes très compétentes, mais encore, il faudrait que les autorités politiques acceptent d’appliquer les résolutions du forum. Que cela ne soit pas comme les états généraux de l’enseignement dont les résolutions n’ont malheureusement pas été prises en compte. Je dis que du point de vue infrastructure, notre pays est l’un des pays où il y a de plus d’école et autres infrastructures scolaires. Mais cela n’est que le contenant. Maintenant, il faut le contenu dans le contenant. Ce contenu ce sont les élèves, les enseignants, les maîtres communautaires, des maîtres certifiés, etc. Le problème se pose sur cet aspect jusqu’à aujourd’hui. Ce qui fait qu’un élève bachelier avec son baccalauréat aujourd’hui a à peine le niveau d’un élève de 4ème des années 70. Par exemple, si quelqu’un dit qu’il a un Brevet d’étude du premier cycle (Bepc) aujourd’hui, du point de vue de la structuration logique de sa pensée, de son comportement, de son écriture, de sa réflexion et de son analyse, franchement ce diplôme équivaut à peine le niveau du Cours élémentaire deuxième année (CE2) des années 70 et 80. C’est la réalité. On peut déjà dire d’avance qu’il y aura importation des cadres étrangers Camerounais, Ghanéens, Togolais, chinois, etc. dans endroits faisant partie de la souveraineté d’un Etat comme les ministères de l’Intérieur, des Finances, etc.


J’ai tendance à dire qu’il faut recommencer au niveau Cours primaire première année (CP1). Nous aurons une bonne quinzaine d’année à dépenser mais que nous allons économiser pour les générations futures. Et que cela commence à partir de 2013. Il faut une génération construite sur la base d’échec du constat d’aujourd’hui. Sinon nous allons faire ce que la Banque mondiale a inventé et appelle le renforcement des capacités.


Vous avez donnez là quelques solutions de la sortie de crise. Mais quelles sont les causes de la baisse de niveau?
Les vraies causes sont d’abord la mauvaise politique de l’éducation nationale. L’invention des choses comme l’éducation de base, l’alphabétisation des adultes endorment. Il y a d’autres causes comme le rapport affectif à l’éducation: la promotion de la médiocrité. Lors que les gens pensent qu’on peut être sous-préfet, gendarmes, ministres sans connaître l’école ni y aller et qu’on n’a pas fourni l’effort pour l’être, tout cela se répercute sur l’école. L’école c’est là où on apprend aux gens à travailler et à mériter la place la place qu’il doit occuper par le travail. On déstructuré l’école du point de vue, sentimentale, structurel et conjoncturel en les laissant passer aux classes supérieures et pourtant il y a grève de six mois ou de trois mois. Et lorsque l’enfant ne comprend pas pourquoi il est admis en classe supérieure, il ne comprend rien.

 

Qu’on ne donne pas l’occasion de faire le BEPC en classe de 5ème et le baccalauréat en classe de 1ère et que les parents n’intervienne t pas du tout. Bref, les parents, la Banque mondiale et les partenaires en développement du Tchad dans le domaine scolaire ont contribué en nous imposant leur point de vue en dehors de ce que nous pensons faire. En 1960, 70, les gens n’étaient pas à l’école mais ceux qui étaient, étaient capables de faire le travail confié qui leur a été confié. D’ailleurs les mêmes agences qui nous aident qui récupèrent les bons cadres laissant l’administration dans les mains des gens qui ne sont pas averti pour servir. N’ayant pas peur de le dire, certaines écoles sont dans les mains des maîtres communautaires qui sont tombés dans l’éducation faute de mieux, il faut les recycler. Ce qui n’est pas fait. Si le chef de l’Etat tien à son discours à l’ouverture du forum ce serait une bonne chose parce qu’il aura de l’incidence sur l’éducation.


Hier, on dirait que ceux qui sont formés dans les villages que ceux qui sont formés en ville. Mais aujourd’hui, je découvre que ni dans les villages, ni en ville, on a des résultats escomptés. Comment peut-on admettre que sur plus de 60 milles élèves, 10% ont obtenu le baccalauréat? Alors que la tendance dans le monde est à 90%. Le diplôme sanctionne l’effort annuel, semestriel, décennal et quinquennal mais au Tchad, on ne comprend rien dans tout cela. Nous devrons redémarrer un processus de sauvetage pour l’avenir de notre pays. Là où l’école est morte il n’existe pas la communauté nationale.

On accuse les écoles communautaires, privées, instituts de favoriser la baisse de niveau. Qu’en est-il de votre institution HEC-Tchad?
Il y a des écoles communautaires qui font bien le travail. Prenez par exemple le lycée Sacré-Cœur, lycée collège évangélique, Ibnou Sina, Hamdane. C’est parce que dans ces écoles, les gens sont bien conscients et motivés de ce qu’ils font. Les enseignants dans ces écoles sont sélectionnés sur la base de relatif au critère de la sélectivité des enseignants. Pour une école, l’indicateur de performance est le résultat à la suite d’un examen comme le baccalauréat. La preuve est là dans ces écoles pour le baccalauréat 2012. Mais des écoles publiques bien construites sont presque en dernières position. Naturellement, il y a des écoles privées qui favorisent la destruction de notre système éducatif. Le cas des écoles créées par esprit mercantiliste.

 

Tout dépend des intentions que les gens ont en créant des écoles. Il faut aussi que l’école publique soit le pionnier de l’excellence comme l’a été par dans les années passées le lycée Félix Eboué. A l’époque, les meilleurs mathématiciens sortaient du lycée de Faya, des grands juristes et grammairiens sortaient du lycée de Bongor, Adoum Dallah, Ahmet Mangué, etc. aujourd’hui, les mathématiques sont comme du chinois pour les enfants. Dans les radios publiques et privée le français est nul. Des autorités se permettent de parler n’importe comment, comment voulez que les enfants s’améliorent? D’ici 15 ans si nous ne faisons pas d’effort, les Indiens, les Chinois, les arabes apprendront français pour venir travailler pour nous. D’ailleurs ils sont nombreux déjà au Tchad. Nous sommes en train de déconstruire l’homme. Alors qu’il faut plutôt le construire. Les infrastructures, quand les hommes sont construits, ils peuvent le construire. Mais quand l’homme n’est pas construit, il a tendance à détruire.


Ce qui est du HEC-Tchad, il est resté le même qu’à sa création. Je profite de l’occasion pour jeter des fleurs au directeur de cet institut. C’est un homme très conscient. Mais n’oubliez pas que chaque année, nous recevons les produits du baccalauréat donc cela à une incidence. Nous avons un ministre passionné par son travail. L’ancien n’a pas démérité mais la politique au Tchad est ce qu’elle est. Nous nous sommes resté dans l’excellence. C’est pour dire aux Tchadiens qu’ils sont nombreux mais il y des plus excellents. C’est pourquoi nous organisons la journée de l’excellence. Je suis heureux de vous annoncé que l’Université catholique de l’Afrique centrale (UCAC) ne prend pas des gens au hasard. Mais nous avons des étudiants depuis trois ans à l’UCAC. Ils ont réussi le test. Nous avons envoyé des étudiants en Tunisie et qui sont rentrés meilleurs de l’Université. Mais sachez que l’institution privée ne peut pas faire la même chose que l’Etat. Mais nous luttons pour qu’il y ait un BTS national pour que les étudiants qui viennent d’ailleurs ne soient pas privilégiés par rapport à nos étudiants qui sont réellement plus compétent que ceux là qui rentre d’Europe, d’Amérique avec les mêmes diplômes.

Vue ces problèmes que rencontre l’éducation, pensez que nous pouvons atteindre les objectifs de développement du millénaire et de celui de l’éducation pour tous à l’horizon 2015?
2015 est déjà dans deux jours. Pour atteindre nos objectifs à nous, nous devrons redémarrer un nouveau processus à partir de 2013 pour avoir une bonne école sinon nous avons raté cela. Il faut que nous arrêtions de raconter notre vie comme quoi, tout va bien ou mieux. Il faut reconnaître que l’Etat a fait un grand effort en matière d’équipement. Mais je continue et persiste à dire, une fois que les infrastructures construites, nous devrons construire maintenant des vrais hommes. Mais là où nous avons péché est que nous avons construit des bâtiments et en train de déconstruire l’homme. Le premier acte que les politiques doivent faire avant toute chose, c’est d’arrêter de nommer des hommes sans qualifications à des postes sensibles qui risquent de donner une image négative et diplôme et de la formation. On gère une rébellion, on rentre et on est gère ce qui ont un grand mérite.

 

De ce point, il faut qu’il y ait un observatoire capable de dire aux autorités de mettre un contenu dans le contenant. Vous les presses vous devez nous accompagner dans ce travail. Imaginez 120 élèves dans une classe alors que la moyenne est de 28 dans le monde. En attendant de regler le problème de formation de nos formateurs, nous pouvons avoir recours comme dans les années 60, 70 aux cadres étrangers. Cela coûtera mais améliorera notre système. Le coefficient intellectuel on l’acquiert à l’école. Nous devrons nous consacrer à l’éducation de manière plus réfléchie.

Propos recueillis par Sabre Na-ideyam

 

Source: http://www.journalavoix.info/

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12 décembre 2011 1 12 /12 /décembre /2011 14:25

Sous le règne de Déby , le pays est livré pieds et mains liés à une bande de Pillards. L’affaire d’Etat devient une affaire de clan, de famille, des Zakhawa qui monopolisent l’essentiel du pouvoir, en se hissant dans les secteurs clés ( politiques, militaires et économiques) du pays en excluant,  presque totalement les autres groupes ethniques, du pouvoir au moyen des assassinats des populations appartenant aux autres ethnies.

 

Tout comme son prédécesseur, Deby ne s’appuiera pas sur une politique nationale ou l’armée nationale pour consolider son pouvoir. Sa force militaire et politique est symbolisée par la DGSSI comparable à la Sécurité Présidentielle  (SP) de Hissein Habré et les services de Renseignements composés essentiellement des membres de son clan, ce qui correspond exactement à une armée ethnique, qui décide de tout  dans un pays « démocratique ».

 

Si on vérifie les CV de certains messieurs nommés à la direction des services de l’Etat, c’est vraiment révoltant. Tout se fait par affinités tribales et subjectives. Le cas de Mahamat Timane  Déby Itno est navrant. Un jeune de 23 ans, sans expérience qu’on nomme Directeur Général de la Cimenterie de Baoré au détriment de son adjoint qui est un cadre intellectuellement compétent. Ce damné de la terre a pour rôle de gratter ‘‘ cat-cat’’  pour son titulaire. Où est donc ce slogan de ‘‘ L’homme qu’il faut à la place qu’il faut’’ que claironne le pouvoir MPS à la longueur de la journée ?

 

A la tête de l’Armée Nationale, on nomme un analphabète qui souffre de la misère intellectuelle et culturelle. Pourtant l’ANT créée par ordonnance n° 2 du 27 mai 1961 regorge des cadres.  Ne mélangeons pas les torchons avec les serviettes. Nous ne minimisons personne, mais nous voulons que le diplômé soit priorisé.

 

A propos des infrastructures construites par le pouvoir MPS, nous trouvons que c’est une bonne chose, mais pour un peule que vous affamez sciemment, ces réalisations ne lui dit rien. Pour étayer  mes écrits, j’ajoute les propos d’un ami éleveur Foulbé concernant les inventions faites par la science occidentale. Au cours d’une causerie à baton rompu, cet ami me dit que sur toutes les inventions scientifiques de ‘‘ Nassara’’, une seule chose retient son attention, car elle est indispensable pour lui et ses biens. Quand je lui pose la question de savoir si ce n’est pas la voiture, il me répond « non ». « La radio-cassette ? », il me dit « non ». « L’avion ?» , il me répond toujours non. Je lui demande de me dire cette chose qui lui est indispensable, il me dit que c’est la moustiquaire. Puis dans un arabe plein d’humour, il s’explique pour me convaincre : « Sokol Nassara Sawa dah Singué bass semé. Noum fi singué, baoudah ma ya coulouka ho ti chiffa hanam hanaca ». Traduit dans la langue de Molière, ce propos veut dire : « avec la moustiquaire, il est à l’abri des moustiques et il regarde bien ses moutons ». Ce qui est prioritaire chez le peuple c’est le manger et l’éducation de ses enfants. Lui construire un aéroport de 600 milliards FCFA, c’est un non évènement pour lui. Ou bien construire un marché à Mongo alors que les gens ont besoin d’un château d’eau. C’est l’eau est prioritaire pour eux et non le marché.

 

Concernant le pétrole, il est à Komé et ceux qui se sucrent de ses retombés son t à Am-Djarass. La pauvre femme N’Gamabaye a sa case plantée même sur la nappe phréatique de ce minerai, mais ne bénéficie de rien. Chaque matin, avec son bébé à califourchon, elle va chercher les fagots en brousse qu’elle transforme en charbon qu’elle vend pour avoir de quoi faire la bouillie à sa progéniture. Du pétrole, elle ne trouve ni mue ni croûtes.

 

Cher  Déby national, le problème du Tchad est facile à résoudre, il n’est pas insoluble. Il suffit d’instaurer la justice sociale et c’est tout. Mais signer des décrets pour nommer des individus sans cursus, c’est se moquer de la République du Tchad dont vous êtes le président. Les voleurs de la République jouissent auprès de vous d’une bonne presse. Sinon comment ces détourneurs de deniers publics sont hissés aujourd’hui au sommet de l’Etat. Votre maladie nostalgique pour les voleurs et les délinquants, il faut, Mr le président, la soigner. Son remède c’est de mettre à la disposition de la justice ces filous, ces maraudeurs.  

 

Al-Hadj Garondé Djarma 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 22:07

128628.jpgIls sont trois jokers, mais le pronostic lui donne favori. Ancien compagnon de lutte au sein du CDR. Nous avons été membres du bureau exécutif de ce mouvement. Intellectuellement, il a un bon coefficient. Ingénieur des Postes et  Téléommunication, Mahamat Saleh Annadif a été major de sa promotion à Madagascar.

En politique,  c’est un diplomate plein d’atouts. Il a battu en longévité tous les ministres qui ont eu à gerer le département des affaires étrangères. Malheureusement,  il a une maladie pathologique plus grave que le SIDA qui s’appelle la " Présidentite". Si  le SIDA signifie en arabe ‘‘Soubana Ibliss Dabi Azanah’’, la Présidentite c’est la maladie des gens qui tiennent coute que coute à devenir président, tant pis même si le sang coulera encore. En nommant cet opportiniste Premier ministre, il dira voilà, j’ai gagné la première manche en avant pour la seconde manche.

Fin politicien - tacticien, en un laps de temps, mahamat Saleh Annadif a réussi à arabiser le palais rose et le gouvernement en foulant au pied le dosage géopolitique et géo-ethnique. Voici la liste des conseillers de son éthnie au Palais rose :

-Mahamat Saleh Annadif

- Ahmat hassaballah Soubiane

- Ali Ahmat Akhabache

-Al-Djinédi

Saleh macki

Bichara Direb

Quant aux ministres de son éthnie, ils sont :

Aboubakar Assidick Choroma

Ahmat Rakhis Mannany

Bichara Issa Djadallah

Hamid Maahamat dahalob

Mahamat Ali Hassane

Ahmed Taboye

Maahadié Outman Issa

Si le president de la République veut nommer un Arabe comme PM, c’est une bonne chose. Comme communauté il représente 12% de l’électorat tchadien et constitue en même temps une unité politique.

Au sein de l’ex CDR, M. Bichara Issa Djadallah est un rassembleur. Pour lui, tous les Tchadiens sont égaux. Il jouit d’une très bonne presse. Parmi les opposants en exil, si le président tend la main à Acheikh Ibn Oumar, ce dernier pourrait aussi faire l’affaire. C’est un cadre intellectuellement compétent et peu ambitieux. Mais Mahamat Saleh Annadif est un tribaliste, même au sein des Mahamides, il ne s’occupe que des Mahariés Oualad Ali et de préférence Oualad Chiguéfé dont il est issu.

Au Palais rose, par sa finesse, il a réussi à arabiser la première dame qui est pourtant ouaddaïenne. Aujourd’hui, elle est devenue une vache laitière hollandaise qui produit 20 litres du lait par jour et ce lait est consommé par l’éthnie de MSA. Les Ouaddaïens sont systématiquement écartés de la mangeocratie et les Zakhawa made in Haggar sont aussi marginalisés. Le président Déby doit être vigilant. S’il nomme MSA premier ministre, ne soyez pas surpris si une guerre civile éclate. Je connais ce monsieur mieux que mon père. Je connais Açyl Abderrahim de loin, quaand on proclamait les résultats du CEPE en 1958 à l’Ecole du Centre d’Abéché, j’étais Infirmier et j’ai assisté à cette cérémonie. Il a postulé à partir de la classe de CMI et a occupé le 2ème rang. Le major de la promotion était Mahamat Abdérrahim Koubour. Je connais bien aussi de loin, la famille du Batha car j’ai passé mon enfance à Ati et comme fonctionnaire je fus chef du Centre médical de Djadaa et infirmier major à Ati dans les années 1960. Que la première dame songe à ses parents paternels au lieu d’être un appât destiné à attraper des gros poissons pour Mahamat Saleh Annadif seul.

 

                                                                                                           Al-Hadj Garondé Djarma   

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17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 11:56
arton.jpgLa parodie électorale organisée au Tchad ne donne aucune légitimité au régime du Président Deby qui perdure depuis vingt ans. Le pouvoir MPS est une chape de plomb qui contrarie l’épanouissement des populations tchadiennes. Malgré ce bilan affligeant de cruauté et de forfaitures, les populations se sont mobilisées massivement pour le processus électoral lors des élections législatives. L’implication de la communauté internationale (UE, OIF, UA), celle de l’opposition politique tchadienne avec les accords du 13 Août 2007 permettaient d’escompter un processus électoral sans la fraude habituelle.

 

Mais ID ne veut pas prendre de risque. Il se sait impopulaire dans le pays. Il préfère un mandat impératif au terme d’une coûteuse mascarade électorale. Les résultats obtenus par l’opposition aux élections législatives sont passés à la trappe pour l’essentiel. Le MPS minoritaire dans le pays s’octroie la majorité parlementaire. Les résultats des élections législatives ne sont pas encore publiés, mais on engage le processus des élections présidentielles. La curie des serviteurs du dictateur qui niche au conseil constitutionnel établit une liste expurgée des moutons noirs dont je suis. Cela relève du rituel sous le règne de notre cher Président. Le fils aîné de Ndam Moungar Joseph et de Dendeye Laya, sa légitime épouse, aurait une filiation douteuse !

 

Les trois opposants sur la liste des 6 candidats retenus tirent les leçons des législatives et posent quelques préalables à leur participation (correction des dysfonctionnements observés aux législatives, édition de nouvelles cartes d’électeurs, mesures de prévention contre la fraude). Ces préalables de bon sens sont rejetés. C’est tout à fait logiquement que les candidats de l’opposition se retirent et appellent au boycott du cirque électoral. Ils refusent à juste titre de jouer les sparring-partners. Les électeurs tchadiens l’ont compris. Ils ont exprimé leur désaveu par un boycott massif qui enlève toute valeur au résultat que l’on propose au pays. L’élection de Idriss Déby est une mascarade et doit être réfutée comme telle. Ces violations répétées du processus démocratique créent des devoirs impératifs pour l’opposition.

 

Le principal d’entre eux est la création d’une alternative politique crédible pour le tout proche avenir. Pour cela nous devons tourner le dos aux errements du passé et faire face à notre destin. Nous avons désormais des devoirs impératifs :

- Le devoir de rassemblement est incontournable : 130 partis politiques c’est trop. Loin d’être une force, le grand nombre de partis est une source d’inefficacité et facilite les manipulations de celui qui détient le pouvoir et l’argent. Le rassemblement, maintenant, autour des revendications prioritaires des populations tchadiennes est une nécessité impérieuse.

- Le refus de toute participation aux gouvernements trimestriels de ID.

- La dénonciation de la politique néocoloniale de la France au TCHAD

- La dénonciation des positions bien souvent complaisantes de la communauté européenne dont les missions de surveillance ont des observations bien souvent diplomatiques et superficielles malgré des tricheries avérées.

- L’exigence d’un recensement biométrique avec établissement de cartes électorales biométriques, en application des accords du 13 août tout simplement.


Abdelkérim Fidel Moungar est un homme politique tchadien. Chirurgien des hôpitaux et ancien Premier ministre de la transition au Tchad, il a créé en mai 1981 le parti Action tchadienne pour l’unité et le socialisme (Actus) dont il est le secrétaire général.

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28 mars 2011 1 28 /03 /mars /2011 09:54

A la lumière des révolutions populaires historiques en Afrique du Nord et au Moyen Orient, et plus proche de chez nous, en Libye, qui ne laissent indifférents aucun pays ni aucun peuple, la peur commence à changer de camp. Ce ne sont plus les gouvernés qui ont la trouille, ce sont les gouvernants qui tremblent. On observe un mouvement irréversible qui peut faire plier des régimes aussi bien autoritaristes que rusés ou despotiques. Les peuples abusés et victimes de tant de tortures morales et physiques, d’hypocrisies, de mensonges, de misères… se sont réveillés et ne demandent que le changement d’attitudes des pays émergeants et occidentaux pour encourager, accompagner et soutenir leurs luttes courageuses qui ne sont pas prêtes à s’arrêter. Le courage et l’autocritique valent mieux que le silence des lâches. Cette force humaine et massive prouve qu’elle souhaite des réformes sociales, économiques et politiques justes et équitables pour vivre simplement dans la liberté, la justice et la dignité.

 

La soif de justice, de dignité, du respect et de liberté traverse tous les courants de pensée, toutes les catégories socioprofessionnelles, tous les acteurs politiques aussi bien au Tchad qu’ailleurs. De ce point de vue, l’acte politique fort de l’opposition démocratique tchadienne concernant le processus électoral au Tchad mérite d’être souligné, salué et encouragé. La décision des trois poids lourds de l’opposition tchadienne de suspendre  leur participation à la présidentielle du 24 avril 2011 et d’appeler la population à boycotter l’élection témoignent du courage, du sens de responsabilité et de la citoyenneté de ces trois candidats.

 

On assiste visiblement  à une prise de conscience, voire à une rupture avec le passé ; certainement le vent de la révolution y est pour quelque chose. Comme le disait notre compatriote Lyadish Ahmed, l’époque est propice et l’opposition démocratique se doit de  motiver les tchadiens à réclamer le changement de manière à ce qu’ils puissent jouir véritablement et pleinement de leur droits. La société civile et la diaspora doivent renforcer leurs efforts pour continuer à œuvrer dans le même sens pour le bien du Tchad.

 

Cependant, il serait plus productif de soutenir et d’accompagner politiquement le travail d’information, de sensibilisation et de mobilisation fait par la diaspora et la société civile auprès de la population et des instances étatiques, régionales, sous-régionales et internationales. Rien ne vaut la cohérence, l’intégrité, la vérité et le dialogue.

 

Par ailleurs, il est indispensable de faire un travail de fond pour améliorer notre système diplomatique. En effet, outre les dysfonctionnements relevés antérieurement et confirmés par bon nombre de diplomates tchadiens, notre diplomatie se caractérise par un certain amateurisme et des tâtonnements face à des situations qui engagent l’avenir du Tchad et pouvant avoir des conséquences lourdes pour les tchadiens. Cela s’est révélé en particulier dans ce que vit actuellement notre voisin du nord, la Libye.

 

A titre indicatif, les agissements des ambassades du Tchad à Tripoli, Genève et Bruxelles déshonorent le Tchad et les tchadiens et décrédibilisent sa diplomatie sur la scène internationale à moins que ce ne soit, comme l’affirment certains diplomates, de la diplomatie du ventre pour ne pas perdre son poste. Dans ce cas, le pronostic vital du Tchad en général et de son système diplomatique en particulier est engagé. Le réveil de tous les patriotes et autres bonnes volontés est plus que jamais nécessaire pour redresser le Tchad et ses institutions.

 

Parmi ces bonnes volontés, la jeunesse doit jouer un rôle prépondérant puisqu’elle constitue la principale force active et démographique du Tchad. Plus de la moitié de la population tchadienne a moins de 20 ans. Si on élargit l’assiette à 30 ans, la proportion devient considérable. Dans cette perspective, d’une part, les nouvelles technologies en général et Internet en particulier, constituent des outils indispensables et efficaces pour l’information, la sensibilisation et la mobilisation de cette jeunesse comme cela s’est avéré ailleurs.

 

D’autre part, il faut ouvrir les circuits d’ascension sociale, professionnelle, politique, économique et intellectuelle à cette jeunesse. Jusqu’ à présent, ces voies d’ascension ont été monopolisées par une minorité de tchadiens animés par leurs seuls intérêts personnels et  égoïstes ainsi que ceux de leurs familles et clientèles. Cette minorité est moins préoccupée par le bien-être général du Tchad et de sa population, encore moins de sa jeunesse, plus particulièrement dans le jeu politique.

 

En dépit des apparences des discours et des masques politiques, tous les efforts consistent principalement à entretenir, reproduire et cloisonner le système de cooptation familiale et clientéliste qui fonde le jeu politique tchadien, parfois sous le couvert de la démocratie, afin de préserver le pouvoir, les opportunités et les privilèges dans les mains des mêmes par tous les moyens, des plus astucieux jusqu’aux plus comiques (pour ne pas dire relevant de la bêtise) en passant par la culture de la peur, voire même la violence.

 

Dans ce contexte, le sort du Tchad dépend moins des discours d’intention que des actes incarnant la rencontre harmonieuse et productive entre le personnel et le collectif, le national et le régional, le local et le global. C’est cela qui fait la valeur des grands hommes et qui peut apporter la stabilité, la sécurité et la paix au Tchad.

 

Il est temps que nos gouvernants prennent conscience que rien n’est éternel sur cette terre ; même ceux qui semblaient être des baobabs (Ben Ali en Tunisie, Moubarak  en Egypte…) se sont écroulés comme des châteaux de cartes, et d’autres tremblent (Kadhafi en Libye, Bagbo en Côte d’Ivoire, Bachar El-Assad en Syrie, Ali Abdullah Saleh au Yémen …). Rien ne résiste à la puissance d’une jeunesse désireuse d’un avenir meilleur et consciente de sa force. Vaut mieux prévenir que guérir.

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 08:50

Dysfonctionnements de l’ ambassade du Tchad à Genève: Quels enseignements tirer de la démarche suisse face aux défaillances de son bureau de coopération à N’djamena ?

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

 

En date du 11 mai 2010, l’Agence Télégraphique Suisse (ATS)  a publié un article mettant en évidence des défaillances dans le fonctionnement de la Direction du développement et de la coopération suisse (DDC) au Tchad. Cet article intitulé "Le Ministère public va enquêter sur le bureau de la DDC au Tchad", a été repris par de nombreux journaux suisses dont Tribune de Genève et Le Matin ainsi que de nombreux sites Internet tchadiens.

 

Les informations fournies dans cet article ont été confirmées et complétées par  le directeur résident du Bureau de la Coopération suisse au Tchad, dans une note adressée aux sites Internet tchadiens qui ont publié l’article de l’ATS.

 

Ce que nous pouvons retenir en ce qui nous concerne, c’est la démarche administrative entreprise pour repérer ces défaillances et y remédier. Un audit avait permis de mettre en lumière « de "gros trous" en matière de finances et de personnel au sein du bureau de la coopération de la DDC à N'Djamena ». A l’issue d’une visite au Tchad, la cheffe du Département fédéral suisse des affaires étrangères Micheline Calmy-Rey a constaté l’existence de ces problèmes ; elle a formulé des recommandations à la DDC, des modifications ont été apportées et le personnel sur place remplacé. La persistance de certaines défaillances a amené la cheffe du Département à ordonner une enquête administrative qui serait déjà clôturée et les recommandations mises en œuvre depuis le 30 mars 2010 (selon le directeur résident du Bureau de la Coopération suisse au Tchad).

 

Le bon sens voudrait que ce genre de démarches soient entreprises à l’égard des institutions publiques tchadiennes où des défaillances ont été mises en évidence. Le cas qui nous interpelle le plus, c’est celui de l’Ambassade, Mission permanente du Tchad à Genève au regard des dysfonctionnements relevés dans nos articles antérieurs. Ce qui est frappant, c’est que des défaillances existent dans les structures publiques respectives des deux pays : une structure de coopération suisse au Tchad et une ambassade tchadienne en Suisse ; à la différence que la Suisse a fait le nécessaire pour y remédier alors que le Tchad est resté dans l’immobilisme.

 

Aucun audit, aucune enquête administrative, aucune visite des autorités hiérarchiques compétentes n’a été faite pour se rendre compte des dysfonctionnements de notre ambassade en vue de leur trouver des solutions pour l’intérêt national. On se contente de se fier aux méthodes, pardonnez l’expression, de "voyous" qui reposent principalement sur la désinformation, la calomnie, la manipulation, la stigmatisation, la fuite en avant au lieu de regarder en face les véritables problèmes et questions posés.

 

Pendant qu’en Suisse on fait tout pour ne pas jouer avec l’argent du contribuable, au Tchad, on s’amuse avec les fonds publics. La Suisse change le personnel suite aux défaillances constatées, en vue d’améliorer le fonctionnement de ses structures ; au Tchad, ce sont ceux qui mettent en évidence les problèmes et qui essayent de trouver des voies de sortie, qui sont mis à l’écart ou mutés. Cette attitude, qui ressemble plus à une "mafia" institutionnalisée, n’aide pas le Tchad dans sa quête de la paix, du développement et de la modernité ; et ceux qui s’y adonnent ne sont pas pour les tchadiens mais contre eux.

 

Certes, le Tchad et la Suisse n’ont pas la même histoire, ni la même expérience de gouvernance, ni le même état d’esprit de justice ; mais il n’empêche qu’on puisse regarder dans la même direction de la gouvernance et de la justice. Aucune bâtisse ne tombe du ciel, il faut toujours commencer par la pose d’une première pierre pour espérer construire tout l’édifice. A nous tous, tchadiens et tchadiennes, de poser les premières pierres dans tous les compartiments de la vie de notre pays pour que les générations futures  puissent  poursuivre la construction de notre nation sur des fondations solides. Sinon, à chaque tentative de construction, l’édifice va s’écrouler, et cela indéfiniment.

 

Certaines autorités tchadiennes se bornent à répliquer par l’expression " le chien aboie et la caravane passe". Cela n’est pas le signe d’une sagesse, mais plutôt une marque d’étroitesse d’esprit et d’irresponsabilité. Précisons tout simplement qu’à force de marcher sur la queue d’un chien, il finit par vous mordre ; et certaines morsures sont mortelles si elles ne reçoivent pas le traitement approprié.

 

Talha Mahamat Allim.

 

P.S :

Nous nous réjouissons  des nombreuses réactions positives suscitées par le compte - rendu sur la rencontre autour de la paix au Tchad  organisée à Genève. Nous reviendrons ultérieurement sur la question de la paix au Tchad.

 

 

 

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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 12:24

lv10_1517237_2_apx_470_.jpgIl réfute le statut de chanteur engagé. Chez lui, à Laval, il parle du Tchad, de la France, de la musique, de la poésie, de ses projets... Entretien avec le chanteur tchadien Kaar kass sonn,

 

Mais que veut donc bien dire Kaar kaas sonn ?

C'est « Kware kau son » en nangjere, ma langue du Tchad. Ça veut dire « l'enfant qui connaît ». En français, c'est un jeu de mots amusant.

 

Vous parlez toujours nangjere ?

Beaucoup moins bien sûr, mais je fais pression pour continuer à le parler quand je téléphone à mes frères ou ma mère. Quand on parle par exemple de « CD », mot qui n'existe pas en nangjere, on a tendance à continuer en français.

 

À propos de CD, vos projets ?

Je vais enregistrer un disque très varié de rap, blues, jazz, techno. De tout. Je vais aussi publier un livre « Avec nos mains de chèvre » (rire). Ma tante utilisait cette expression quand par exemple je me cognais à plusieurs reprises sur un caillou et ne le changeais pas de place.

 

Revenons à votre parcours...

Après le Tchad, je suis entré à l'Ena (École nationale d'administration), j'étais destiné à être diplomate. Après deux ans à Genève, je suis arrivé à Laval en décembre 2003. Je suis prof d'économie, de droit, de management et de marketing à l'Institut de commerce de Laval et de Rennes. Je travaille aussi à Coodemarrage 53, une coopérative qui fournit l'hébergement juridique, fiscal et financier aux entrepreneurs et qui assure des formations.

 

Vous êtes surtout connu comme musicien chanteur.

Je ne me considère pas comme un musicien mais plutôt comme un écrivain. Au Tchad, en 1994-1995 j'écrivais des poèmes que j'ai commencé à déclamer, c'est du rap. J'ai toujours écrit de la poésie. J'écris très vite, je ne dis pas « bien » mais vite...

 

Peut-on vous qualifier de chanteur engagé ?

Non, pas du tout. Je chronique simplement. Je suis un chanteur réaliste. Je ne fais pas de politique, je chante le bonheur d'être en vie. J'ai échappé à un massacre au Tchad, quand j'avais dix ans. Je dois ma vie parce qu'on m'a déguisé en fille. Pendant ce septembre noir de 94 au Tchad, on tuait les garçons. Je chante l'envie d'aimer et d'être aimé. Je pense à ces gens qui sont morts et qui auraient le même plaisir que moi à écouter du jazz comme en ce moment...

 

On vous voit davantage avec des mouvements de gauche ?

Ils me demandent, ils sont peut-être plus sensibles à mes textes... plus ouverts à des idéaux. Si des gens de droite me demandent, je viendrai et je chanterai mon répertoire.

 

On continue de mourir de faim en Afrique...

Ce n'est pas logique, ça ne devrait plus exister. En Afrique, on attend. On n'anticipe pas, on ne récupère pas l'eau, on ne fait pas de cultures de contre-saison. La colonisation a corrompu les moeurs, on a enterré nos valeurs. On imite les constructions européennes mais on n'a ni la voirie, ni l'élimination des déchets. L'aide crée de l'assistance malsaine. Le peuple français devrait se demander : que font-ils avec notre aide ?

 

Enfant, vous étiez déjà curieux ?

J'étais fasciné par l'école, par les plus grands du collège. Un jour, je les ai vus tester des piles. Chez moi, j'ai aussitôt fabriqué de l'électricité avec des bouts de câble. C'était la seule case du village qui était éclairée. Certains, par jalousie, cassaient le système. Je savais lire et dès le CM1, j'ai appris aux autres, à partir d'un petit livre de contes. Certaines jeunes femmes me demandaient de leur apprendre, elles me donnaient quelques sous, juste des petites pièces.

 

Vous sentez-vous Africain ou Français ?

Je suis Africain d'abord. Je suis né, j'ai grandi au Tchad. Mais une grande partie de ma culture est ici. Je m'adapte, je lis, j'observe. Je suis totalement à l'aise.

 

Vous êtes immense, combien mesurez-vous ?

1,96 m. En terminale, je mesurais 1,78 m et tout à coup, en quelques mois j'ai grandi. C'était étonnant.

 

Et vous n'avez pas eu peur ?

Non ! (Il éclate de rire).

 

Source: http://www.ouest-france.fr/

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 16:21

Le Tchad et ses opportunités multilatérales à Genève :

la nécessité de la raison et du bon sens

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse.

  

Dans notre précédente analyse, nous avons mis en évidence la coopération bilatérale de notre pays avec la Confédération helvétique, et d’autres éléments susceptibles de faciliter le processus de développement du Tchad par le biais de ses représentations diplomatiques à l’extérieur.  Dans le présent article, nous essayerons de mettre en exergue la dimension multilatérale de la diplomatie tchadienne sous l’angle  des transformations structurelles et responsabilités diplomatiques, avec comme approche déterminante l’analyse des opportunités qu’offrent les institutions internationales basées à Genève.

 

Notre regard diplomatique s’inscrit dans une stratégie de développement à long terme et ne vise pas seulement les priorités immédiates du moment, tout en sachant bien entendu que les nouvelles ambitions et les capacités mobilisatrices de notre diplomatie dépendent non seulement de la volonté et des stratégies politiques, mais aussi des capacités intellectuelles, professionnelles et morales de nos représentants diplomatiques et des ressources mises à leur disposition.

 

Tout observateur de la scène diplomatique tchadienne peut relever au moins trois phases principales de l’évolution historique de la diplomatie tchadienne : les relations diplomatiques au temps des royaumes, celles pendant la colonisation et la diplomatie post- indépendance.

 

Brièvement, avant la colonisation, notre pays était politiquement organisé (les royaumes) avec des relations diplomatiques intenses (échanges commerciaux, transmission du savoir…), essentiellement par le biais des émissaires. Ces relations s’étendaient des régions voisines (le Soudan, le Nigeria d’aujourd’hui, la RCA et le Cameroun) à l’Egypte, la Turquie, l’Arabie Saoudite, le Yémen, l’Espagne etc. Ce fut, selon une opinion dominante, une grande époque de la diplomatie tchadienne et peut-être la plus gratifiante et la plus généreuse, d'autant plus qu'elle était chaleureuse, humaine et désintéressée.

 

Avec la pénétration coloniale, les organisations traditionnelles ont été déstructurées par le système colonial ; et on a assisté à l’émergence d’un nouvel ordre imposé par la colonisation.  Les relations diplomatiques étaient fonction des intérêts du dominant et c’était ce dernier qui agissait et parlait au nom des autochtones, c’est-à-dire les dominés.

 

A l’indépendance politique du Tchad  (le 11 août 1960), somme toute relative, les décideurs politiques de l’époque ont utilisés les moyens de bord pour insuffler une diplomatie moderne avec l’ouverture des chancelleries sur les différents continents. Vu l’insuffisance des cadres hautement qualifiés, les dirigeants de cette époque ont eu recours à des fonctionnaires peu qualifiés pour représenter le Tchad dans ses nouvelles ambassades. La politique étrangère de l’époque se caractérisait par la protection des ressortissants tchadiens et la promotion des intérêts du Tchad à l’étranger. Les représentants diplomatiques tchadiens de cette période avaient la réputation des personnes de bonne moralité, respectées et animées d’un amour pour leur pays malgré les insuffisances d’ordre professionnel et intellectuel.

 

Après les événements de 1979, le pays est entré dans une autre phase de son histoire et sa diplomatie reste dominée par les pesanteurs des conflits armés et les règlements de ces conflits dans une démarche politico-diplomatique quasi-permanente de recherche de la paix. On a assisté à l’accroissement du nombre des cadres supérieurs dans les structures diplomatiques tchadiennes. On a ainsi observé successivement à la tête de la diplomatie tchadienne des personnalités brillantes ; chacune a à son niveau contribué à rehausser l’image du Tchad dans ses relations avec le monde extérieur avec bien sûr des hauts et des bas. On peut citer notamment Mahamat Nour Adam Barka, Gouara Lassou, Acheikh Ibni Oumar, Mahamat Saleh Annadif, Saleh Kebzabo, Nagoum Yamassoum, Ahmad Allam-Mi, Moussa Faki et bien d’autres.

                                                                                                                               

Ainsi, le Tchad est progressivement entré dans le multilatéralisme en plus de ses relations bilatérales ; un système multilatéral qui, au-delà de l’ONU et des organisations apparentées, consiste en grande partie en des institutions et des mécanismes d’aide et de financement du développement, à travers notamment l’appui institutionnel, l’appui au développement rural et urbain ainsi qu’au cadre macro-économique et à la réduction de la pauvreté par l’aide budgétaire, etc. Comme dans la plupart des pays africains, cela n’a pas entraîné le développement souhaité au Tchad ; bien au contraire, la situation socio-économique et politique n’est pas à la hauteur des attentes de la population. Ce qui implique la nécessité des réflexions sur les voies et moyens d’améliorer l’efficacité de notre coopération multilatérale.

 

Par ailleurs, comme le disait Georges Ross, dans le Monde diplomatique d'août 2000,  faire des affaires est devenu aujourd’hui le seul objectif de la diplomatie : « Où se traitent les affaires de ce monde? de moins en moins dans les chancelleries, et de plus en plus dans les grandes institutions multilatérales, en premier lieu l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), où les puissants s'ouvrent en force les débouchés de demain. Aussi, les négociateurs à l'ancienne n'ont-ils plus d'autre rôle que celui de supplétifs des commis voyageurs de haut vol des banques et des multinationales. La frénésie du commerce, érigée par la mondialisation en principe d'organisation des sociétés, se substitue ainsi à la diplomatie d'antan. »

 

C’est de ce point de vue qu’il incombe à chacun de nous d’apprécier ce processus diplomatique, avec ses pesanteurs et ses succès ou échecs, pour en tirer ce qui a contribué ou pourrait participer à la promotion d’un véritable développement du Tchad et de son image dans ses relations internationales.  

 

Ce qui nous semble important aujourd’hui, c’est de dépasser le cadre classique de la diplomatie pour s’adapter aux enjeux et défis du moment de sorte que notre pays puisse tirer le maximum d’avantages pour son progrès et accroître sa marge de manœuvre en matière de son développement.

 

Comme cela se fait traditionnellement, le Tchad peut continuer à bénéficier de l’expertise scientifique et technique ainsi que de l’appui financier et institutionnel sur le plan multilatéral. Cependant, d’une part, les partenaires multilatéraux s’emploient à traiter les symptômes (réfugiés, endémies, famines, conflits…) plutôt qu’à chercher à éradiquer leurs causes, notamment les contraintes dont souffrent les économies et les institutions africaines en général et tchadiennes en particulier. D’autre part, ils ne visent qu’à créer au Tchad un environnement favorable à l’épanouissement des affaires et des intérêts étrangers.

 

De ce fait, cet appui multilatéral devait être revu dans le fond et la forme, au travers d’une intervention intelligente de la diplomatie. En effet, le Tchad devrait reprendre l’initiative de l’expertise et de l’action en définissant et proposant les domaines, les secteurs, les champs, les thématiques… sur lesquels il a besoin d’une expertise et de réalisations concrètes ; en lieu et place de ce qui est proposé, pour ne pas dire imposé, de l’extérieur par les partenaires multilatéraux.

 

Sur ce plan, Genève offre un laboratoire approprié du fait de la concentration des institutions internationales qu’on y rencontre. Et les opportunités qu’elles offrent sont importantes (pour le Tchad), diverses et variées : santé, commerce, poste et télécommunications, propriété intellectuelle, droits de l’homme, droit du travail, désarmement, résolution des conflits, action humanitaire, environnement, sports, etc.

 

Pour reprendre l’initiative, et étant donné un contexte de plus en plus défavorable aux pays africains, le Tchad devrait chercher à mobiliser plus d’énergie, de temps et d’argent de ses ressources naturelles (notamment le pétrole) pour placer les ressources humaines, financières et matérielles là où l’exigent ses intérêts, et de manière à mener une politique étrangère plus audacieuse et plus offensive, avec des objectifs plus ambitieux.

 

Tout cela exige, d’une part, une volonté commune de changer, une vision partagée et claire, la définition de nouveaux principes d’action, l’explicitation des enjeux et des buts poursuivis, montrer en quoi le changement répond aux besoins des tchadiens, encourager l’innovation, promouvoir l’excellence…D’autre part, nos représentants diplomatiques doivent être compétents, de haute moralité et professionnellement à la hauteur de la mission confiée et des attentes nationales. Ils doivent aussi avoir une nouvelle vision, de nouvelles mentalités et habitudes.

 

En outre, les autorités compétentes en la matière devraient proposer, placer et soutenir les candidatures tchadiennes dans les institutions internationales ou organisations  multilatérales, d’autant plus que la plupart des personnalités tchadiennes qui travaillaient dans ces instances  sont à la retraite. Pour cela, les autorités doivent développer et fortifier leur capacité de lobbying et leur pouvoir de persuasion. Les représentations diplomatiques doivent aussi collecter les informations nécessaires, les acheminer à temps et faire le nécessaire pour appuyer l’Etat dans cette démarche.

 

Pour aller plus loin, dans nos représentations diplomatiques, il devrait y avoir une politique de placement des tchadiens hautement qualifiés dans les institutions régionales et internationales ; ce qui augmenterait le pouvoir de négociation et d’influence du Tchad ainsi que sa capacité à tirer profit des diverses opportunités sur la scène régionale et internationale ; pouvoir qui  peut être en outre renforcé en s’unissant avec d’autres pays ayant des ambitions et des intérêts convergents avec ceux du Tchad d’autant plus que, à l’heure actuelle, se construisent des ensembles partout à travers le monde.

 

Ainsi, de nouvelles formes de "gouvernance diplomatique" sont nécessaires dans nos ambassades et missions permanentes : un nouveau processus diplomatique, des réformes des réglementations, des lois et des normes influant sur la manière dont nos représentations diplomatiques sont administrées, dirigées et contrôlées, en incluant les relations avec tous les  acteurs impliqués et les objectifs du pays.

 

Pour que notre diplomatie soit véritablement au service du développement du Tchad, tout cet ensemble et toutes ces opportunités (bilatérales, multilatérales) ainsi que les ressources administratives et politiques doivent être mis au service du progrès socioéconomique, politique, culturel, intellectuel… du pays.

 

Il s’agit d’aller au-delà des perceptions mais aussi des déclarations de bonnes intentions. La route est longue, mais il n’est pas d’autre choix que celui d’accompagner les mutations du monde, de dépasser l’éphémère et de réformer ce qui peut l’être. Certes, les défis sont nombreux et l'esprit individualiste peut chercher à s’opposer à ce chantier malgré des arguments de bon sens et de la raison.  Mais l’inertie n’est pas une solution et le chantier n’est pas impossible à réaliser ; une vigilance de tous les instants pour démasquer et décourager les caméléons, opportunistes et profiteurs de tout genre peut permettre à faire face à cette résistance des esprits individualistes.

 

Comme l’a dit le président algérien Abdelaziz Bouteflika, « […] plus l'engagement est clair et non équivoque aux côtés de toutes les causes justes […], plus l'autorité morale et politique d'un pays est grande » et plus importante est sa grandeur. Essayons autant que faire se peut de cheminer vers la raison et le bon sens ; le chemin est long et difficile mais l’avenir reste ouvert.

 

Talha Mahamat Allim.

 

 

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