Quelle que soit l’option de défense choisie par Karadzic jeudi, le procès ne débutera pas dans l’immédiat. "L’accusation et la défense ne seront pas prêtes avant plusieurs mois", précise le
procureur du TPIY, Serge Brammertz, lors d’une conférence de presse mercredi à La Haye. (Lire l'analyse de Gauthier Rybinski : Quelle durée pour le
procès Karadzic ?).
"Les charges retenues contre Karadzic sont très lourdes et incluent celle de crimes contre l’humanité", indique Dejan Anastasijevic,
journaliste à l’hebdomadaire Vreme à Belgrade. Selon lui, "on peut s’attendre à un procès long et complexe". Celui de Slobodan Milosevic avait duré quatre ans avant d’être interrompu par
la mort de l’accusé, en 2006.
Cependant, Anastasijevic rappelle que le général serbe de Bosnie Radislav Krstic avait bel et bien été condamné en 2001 pour génocide de musulmans de Bosnie à Srebrenica.
Le TPIY a donc établi un précédent en reconnaissant qu’un génocide, un crime difficile à prouver, a bien eu lieu à Srebrenica. "Karadzic était le président de l’Etat des Serbes de
Bosnie à l’époque", souligne Anastasijevic. L’accusation va certainement tenter de convaincre la cour qu’il était responsable des actes de ses forces armées."
L’extradition de Karadzic contestée
N’ayant toujours pas reçu la demande de recours de Karadzic, le ministère serbe de la Justice a finalement validé le transfèrement
vers les Pays-Bas de l’ex-chef des Serbes de Bosnie.
Le frère de l’accusé a affirmé que la demande de recours contre l’extradition (de Karadzic) a été envoyée vendredi soir, mais le
TPIY nie l’avoir reçue dans les temps.
Le transfèrement de Radovan Karadzic à La Haye est survenu quelques heures seulement après des affrontements entre les forces de
l’ordre serbes et des ultranationalistes suite à une manifestation de soutien qui a rassemblé quelque 15 000 personnes à Belgrade.
Pendant la manifestation, le chef du Parti radical serbe Tomislav Nikolic a sévèrement critiqué le président, pro-européen, Boris
Tadic, lui reprochant l’arrestation de Karadzic. Tadic a remporté les élections face à son rival ultranationaliste en février et, selon Anastasijevic, le changement de gouvernement a été
"crucial" pour l’interpellation de Karadzic. "Ni Karadzic ni le chef d’état-major Ratko Mladic n’auraient pu être laissés en paix longtemps sans l’aide des services de sécurité serbes",
précise le journaliste.
La manifestation en faveur de Karadzic était nettement moins
importante que celle organisée en février pour protester contre l’indépendance du Kosovo, qui avait rassemblé environ 150 000 Serbes.
Selon Laurent Rouy, correspondant de FRANCE 24 à Belgrade, "c’est un échec pour les nationalistes, et même un double échec puisque
quelques manifestants en sont venus aux mains avec la police". La réputation des nationalistes et des ultranationalistes, menés par le Parti radical serbe, a été ternie,
conclue-t-il.