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Un communiqué diffusé par l’Agence mauritanienne d’information (AMI) annonçait mercredi après-midi la formation d’un “Conseil militaire pour la justice et la démocratie” pour remplacer le “régime totalitaire” du président Ould Taya. Ce dernier avait quitté Nouakchott lundi pour assister, hier, aux obsèques du roi Fahd d’Arabie saoudite. La tentative de coup d’Etat en cours lui a imposé une escale au Niger, à Nyamey, où l’avion, qui le ramenait en Mauritanie, l’a déposé mercredi, en début d’après-midi.
Cavaliers du changement
Il y a tout juste un an, le 9 août 2004, le régime Ould Taya avait annoncé qu’il avait déjoué une nouvelle tentative des Cavaliers du changement. Celle-ci aurait été prévue pour la mi-août, pendant un séjour du président mauritanien en France, où il devait commémorer le débarquement des troupes africaines en Provence, pendant la Seconde Guerre mondiale. Comme en juin 2003, une vague d’arrestations et tout un jeu de chaises musicales militaires avaient suivi ces nouveaux bruits de putsch. Le 25 septembre 2004, plusieurs officiers avaient été arrêtés, parmi lesquels le capitaine Abderhamane Ould Mini, l’un des cerveaux présumés du 8 juin 2003. Cela n’avait pas empêché une nouvelle annonce de coup d’Etat raté, le 28 septembre 2004. Le 9 octobre suivant, c’était au tour de Saleh Ould Hannena de tomber dans les filets de la sécurité mauritanienne. Il a été condamné le 3 février dernier à la perpétuité, avec Ould Mini, lors d’un procès organisé à l’est de la capitale, à Wag Naga, où comparaissaient 195 co-inculpés des trois tentatives de coups d’Etat de 2003 et 2004. L’ancien président Ould Haidallah aussi était au banc des accusés.
Evincé en 1984 par le putsch qui donna le pouvoir à Ould Tala, Ould Haidallah avait été arrêté au lendemain du premier tour de la présidentielle du 7 novembre 2003 (où il était arrivé second). Il a finalement été acquitté le 3 février 2005. Mais le premier semestre 2005 aussi a été très mouvementé. Entre avril et début juin, une cinquantaine d’arrestation a visé les milieux islamistes accusés de planifier des «actions terroristes» avec des «djihadistes» liés au bras armé algérien d’Al-Qaïda, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Le GSPC a justement revendiqué une attaque sanglante perpétrée le 4 juin dernier contre une base militaire au nord-est de la Mauritanie, à Lemgheity, en plein désert.
«Terrorisme utile»
Le 28 juillet dernier, dans un épais document intitulé «Impasse politique et réflexes sécuritaires en Mauritanie : comment fabriquer le terrorisme utile», l’opposition mauritanienne en exil accusait le régime Ould Taya d’avoir «multiplié les provocations vis-à-vis du GSPC avec lequel il entretenait des relations notoirement connues». Le texte, en forme de mémorandum, accuse le pouvoir de faire feu de tout bois pour prouver l’existence d’une menace terroriste en Mauritanie et faire croire à des «connexions» entre réformistes musulmans mauritaniens et terroristes islamistes. L’objectif du régime Ould Taya serait de faire d’une pierre plusieurs coups en neutralisant sa propre opposition tout en se donnant l’occasion d’afficher sa détermination à combattre le terrorisme, afin de s’attirer la sympathie internationale et les soutiens politiques et économiques qui vont avec.
Depuis 2003, le pouvoir mauritanien s’efforce d’établir un lien entre son opposition et le terrorisme islamiste. Après la tentative de putsch du 8 juin, par exemple, le président Ould Taya suggérait avec insistance qu’ils se «partagent les rôles». Le pouvoir n’a jamais cessé non plus de dénoncer comme une preuve de complicité de l’opposition ses protestations contre la répression et les arrestations massives. Le pouvoir mauritanien a fait le choix de nouer des relations avec Israël (elles ont été rétablies fin 1999) et de se ranger ostensiblement dans le camp occidental. Mais, jusque dans les allées du pouvoir, les ambitions se sont durcies avec la perspective d’une ère pétrolière qui doit ranger la Mauritanie parmi les dix premiers producteurs d’or noir, d’ici 2006.