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KHARTOUM (AFP) Rebelles, politiques et diplomates au Soudan appréhendent les impacts d'un éventuel mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président Omar el-Béchir accusé de génocide au Darfour, région de l'ouest du pays en proie à la guerre civile.
"Le complot d'Ocampo: une intrigue politique
scandaleuse. Béchir, un symbole intouchable par des complots", peut-on lire en anglais et en français sur l'une des dizaines d'enseignes géantes à la sortie de l'aéroport de Khartoum visant
toutes à discréditer la CPI et son procureur, Luis Moreno-Ocampo. Ce dernier a accusé en juillet M. Béchir de génocide, crimes de guerre et contre l'humanité
au Darfour, arène d'un conflit complexe qui a fait 300.000 morts selon l'ONU, 10.OOO selon Khartoum, depuis février 2003.
Des juges du CPI doivent annoncer dans les prochaines semaines, selon plusieurs responsables, s'ils émettent un mandat d'arrêt international contre le président
soudanais. Un tel mandat pourrait avoir des "conséquences très sérieuses" pour la "stabilité" du Soudan, a prévenu Li Chengwen, l'ambassadeur de Chine, allié stratégique de Khartoum exploitant
d'importants gisements pétroliers dans le sud.
Il pourrait faire dérailler l'accord de paix avec le Soudan-Sud qui a permis en 2005 de mettre un terme à la plus longue guerre civile en Afrique, à l'origine de deux millions de morts et quatre
millions de déplacés sur deux décennies, selon des analystes. Ce mandat pourrait aussi envenimer la situation au Darfour, où des combats ont éclaté en 2003 entre groupes rebelles et forces
gouvernementales qui ont armé des milices arabes.
La rébellion s'est depuis scindée en une myriade de groupes qui luttent entre eux et contre le gouvernement. A quoi s'ajoute un banditisme endémique qui complique
l'acheminement de l'aide humanitaire aux 2,7 millions de personnes déplacées par les violences. "Le régime à Khartoum est très fragile en ce moment à cause de l'inculpation" potentielle de M.
Béchir, explique à l'AFP Gérard Prunier, chercheur français au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) spécialiste de la région. Il juge possible un "coup d'Etat" ou une offensive des
rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).
Le JEM, le plus puissant militairement des groupes rebelles du
Darfour, avait lancé en mai une attaque sans précédent contre Omdurman, ville jumelle de Khartoum, mais avait été repoussé par les forces gouvernementales. Et il a récemment pris le contrôle du
secteur de Muhajaria au Darfour-Sud. Le régime de Khartoum cherche à montrer un visage d'unité nationale dans l'expectative d'un éventuel mandat. L'opposant islamiste Hassan al-Tourabi, ancien
éminence grise du régime, a été emprisonné la semaine dernière après avoir déclaré que M. Béchir était "politiquement coupable" de crimes commis au Darfour.
Enfin, un mandat d'arrêt susciterait des réactions hostiles vis-à-vis des étrangers au Soudan, a prévenu le chef de la Sécurité nationale, Salah Gosh. "Il va
assurément y avoir des manifestations si un mandat est émis. Ce que nous ne savons pas encore, c'est leur ampleur", explique un diplomate sous couvert de l'anonymat.
Ambassades, organisations internationales et humanitaires suivent la situation de près au cas où elles auraient besoin de rapatrier leur personnel et/ou leurs
ressortissants. La presse soudanaise se passionne pour cette affaire que la population ne semble pas suivre dans le menu détail. "Béchir est peut-être un criminel, mais nous aurons de sérieux
ennuis" s'il est inculpé, résume Mohammed, un jeune diplômé en informatique.