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Défense - La France part à l’attaque de ses champs de bataille

Plus de 13.000 militaires français sont déployés à l’étranger. Coût en 2008 : 857 millions d’euros. Nicolas Sarkozy a décidé de réduire la voilure. Objectif : rapatrier 3.000 hommes et économiser 150 millions d’euros.


« Quelle connerie la guerre ! », s’indignait Jacques Prévert. Surtout à ce prix-là, pourrait ajouter aujourd’hui le poète. En 2008, la France a déboursé la coquette somme de 857 millions d’euros pour assurer le déploiement de ses troupes en opérations extérieures (« opex »). Etre l’un des principaux gendarmes du monde – et, accessoirement, assurer militairement à l’étranger la défense des intérêts français – revient donc fort cher.

Pour réduire la facture, mais aussi « resserrer et toiletter » le dispositif, dixit le ministre de la Défense, Hervé Morin, cinq de ces opérations seront débattues aujourd’hui devant l’Assemblée nationale et le Sénat. Côte d’Ivoire, Tchad, République centrafricaine, Liban et Kosovo : au Parlement de se prononcer sur la poursuite de ces missions dotées de moyens aussi conséquents. A elles seules, ces cinq « opex » ont représenté pour la Défense un coût de près de 550 millions l’an dernier.

« Out of Africa » ?

Nicolas Sarkozy le martelait début janvier : « Je veux être certain que chaque soldat français aujourd’hui engagé en opération extérieure l’est bien conformément aux intérêts du pays. » On ne peut plus limpide. Le chef de l’Etat ajoutait qu’« il ne s’agit pas de maintenir le déploiement de nos forces au-delà de ce qui est nécessaire, au-delà de ce qui est utile ». Avec armes et bagages, des bidasses vont donc rentrer au pays prochainement. Hervé Morin l’a déjà annoncé (France-Soir du 22 janvier), une bonne partie de ceux qui sont actuellement déployés en Côte d’Ivoire (1.800 hommes de l’opération Licorne et 200 autres en soutien à la mission de l’ONU) devraient être les premiers à faire progressivement leur paquetage. Au passage, l’économie potentielle s’élève à 110 millions d’euros. Le même mouvement de troupe se profile pour les 1.800 militaires français qui participent à la mission de l’Union européenne Eufor au Tchad et en République centrafricaine (coût : 130 millions en 2008). L’opération a notamment pour objectif de protéger les populations civiles et les déplacés victimes de la crise du Darfour (lire ci-dessus). La tâche, dans cette région qui endure les répercussions d’un terrible conflit, est loin d’être achevée. Mais la force européenne doit être relevée par des Casques bleus au terme de son mandat, le 15 mars prochain. Le retour des soldats tricolores est donc programmé. Mais la France participera à la mission de l’ONU. Idem, l’armée ne désertera pas totalement le Tchad. En vertu d’un accord de défense avec le pays signé en 1976, les militaires français sont présents au Tchad pour « stabiliser la région » et « soutenir l’armée tchadienne ». Cette fameuse opération Epervier, débutée en 1986, qui mobilise encore 1.150 hommes pour un coût de 104 millions en 2008, sera simplement « toilettée ». Les effectifs au Kosovo seront également réduits et la dimension navale de l’opération au Liban pourrait être supprimée.

La qualité plus que la quantité

« La France est l’un des pays les plus engagés dans les opérations internationales, relève le porte-parole de l’état-major, Christophe Prazuck. Parmi les pays comparables, seul le Royaume-Uni a un niveau équivalent de déploiement avec 15.000 hommes », alors que la France en aligne 13.290 hors de ses frontières. Motifs de cet engagement conséquent : les « responsabilités » particulières de la France dans le maintien de la paix, la multiplication des opérations multilatérales (ONU, Otan, Union européenne), ou encore les accords de défense bilatéraux, notamment avec des pays africains. Pour répondre à ces besoins, le récent Livre blanc sur la défense a fixé un « contrat opérationnel » qui définit un volume nécessaire : la capacité de projeter 30.000 hommes sur un an (plus 5.000 mobilisables sans délai), un groupe aéronaval, deux groupes navals et une force aérienne de 70 appareils. Une vision très ambitieuse, plus de deux fois supérieure aux forces actuellement déployées, d’autant qu’elle a été établie alors même que la réduction des effectifs militaires de 54.000 hommes était entérinée. Selon Christophe Prazuck, la question n’est pas tant la quantité que la qualité des moyens à mettre en œuvre.


L’état-major concède « rencontrer des difficultés sur certaines spécialités » : le renseignement, les forces spéciales et le nombre d’hélicoptères. Et si les effectifs sont réduits, c’est aussi pour intensifier l’effort dans ces domaines.

Cet après-midi et ce soir, députés et sénateurs vont donc plancher sur les « opex ». Mais les décisions et coupes claires ont déjà été arrêtées au plus haut sommet de l’Etat. Un débat et un vote pour la forme ? Les nouvelles dispositions de la Constitution imposent de consulter le Parlement sur l’engagement des troupes à l’étranger. Les missions ayant débuté pour certaines de longue date, il s’agit aujourd’hui, selon le général Christian Baptiste, porte-parole du ministère de la Défense, d’un « vote de régularisation ». Les apparences, au moins, sont donc sauves.

source: http://www.francesoir.fr/

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