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Chinafrique: "la néo-dépendance"

En tournée en Afrique, le président chinois Hu Jintao a réaffirmé la volonté de la Chine de respecter ses engagements en Afrique en dépit de la crise économique mondiale. En moins de dix ans, les échanges commerciaux avec le continent africain ont été multipliés par dix. Pour leJDD.fr, Michel Beuret*, journaliste et spécialiste de l'Afrique, analyse cette évolution et les défis à venir.


Le président chinois Hu Jintao a choisi la Tanzanie, le Mali, le Sénégal et l'Ile Maurice pour cette tournée africaine. Pourquoi?



Pour des raisons diverses. D'abord, il s'agissait de la première visite d'un président chinois au Sénégal. Dakar était jusqu'à 2005 un allié de Taïwan, avant de décider brutalement de changer de camp. Hu Jintao a donc voulu marquer le coup. Le Sénégal est un pays qui compte beaucoup en Afrique de l'Ouest. Depuis les troubles en Côte d'Ivoire, Dakar a supplanté Abidjan comme capitale commerciale de la région.

Et la Tanzanie?

C'est une manière de rappeler le lien qui existe entre les deux pays. La Tanzanie est un pays important pour les Chinois depuis les années 1970. Ils y ont construit le fameux Tanzam Railway, chemin de fer reliant la Tanzanie à la Zambie. Pour le Mali, il s'agissait aussi de renforcer les liens avec ce pays exportateur d'or. Quant à l'Ile Maurice, elle se trouve tout près de la Réunion, donc de la France et de l'Union européenne. La Chine cherche à produire dans des endroits où elle peut directement exporter en devise européenne.

Ces pays ont-ils un dénominateur commun?

Ils sont assez démocratiques, du moins plus que le Soudan et le Zimbabwe. Or, on jette souvent l'anathème sur les Chinois, qui s'accommodent des dictatures, voire en profitent.

Peut-on y voir un message adressé à la communauté internationale?

C'est toujours difficile de deviner ce qui se cache derrière les intentions de la Chine. Mais ça pourrait effectivement avoir cet effet.

Le "continent maudit" déserté par les Occidentaux

En dix ans, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont été multipliés par dix...

La barre des 100 milliards de dollars a été dépassée en 2008. Ils s'établissent pour cette année-là à 106 milliards.

Comment expliquer cette évolution rapide?

Dans les années 1990, les Occidentaux ont déserté le continent, parce que c'était le continent maudit, celui des génocides, des maladies, des sauterelles. Ce n'était pas bon pour les investissements. Ceux réalisés ne portaient pas leur fruit. Les sociétés françaises quittent le Mali et le Niger pour aller s'installer en Asie. C'est plus simple, plus fiable et plus sûr. La Chine conçoit alors tout l'intérêt qu'elle a à s'installer en Afrique. Et ce d'autant plus qu'avec tous les investissements étrangers sur son territoire, elle a des liquidités à revendre. Et puis, la Chine achète toute les matières premières dont elle a besoin. Le pétrole, bien sûr, mais aussi tous les métaux, le bois, les ressources halieutiques.

La Chine a-t-elle également des ambitions de puissance?

Sous l'effet de sa croissance économique, la Chine gagne en puissance. Au Conseil de Sécurité de l'ONU, les pays se divisent en deux catégories: ceux qui défendent la démocratie, les droits de l'Homme et la transparence, et les Etats qui rechignent à le faire et dont la Chine est le fer de lance. Elle a donc besoin d'alliés. Pour Pékin, le développement prime sur tout le reste. Un ventre affamé n'a pas d'oreilles. Les potentats africains conçoivent alors à leur tour l'intérêt de commercer avec la Chine. Cela permet d'introduire la concurrence sur leur territoire et de n'être plus tributaire des Français ou des Américains. Et les Chinois sont très forts pour séduire les dirigeants africains.

Comment?

Ils arrivent en Afrique avec des projets très concrets. « La Chine est le plus grand pays en développement du monde tandis que l'Afrique est le continent regroupant le plus grand nombre de pays en développement », dit Pékin lors du premier forum de coopération en 2000. Les Chinois disent aux Africains: ‘Laissez-nous faire. Nous avons l'expérience'. Ils arrivent en Afrique non pas avec des projets de développement mais commerciaux. Mais ils développent les infrastructures: routes, écoles, hôpitaux, etc. Ce qui contribue en fait au développement. Les coûts - bas -, et la rapidité des travaux permettent à l'Afrique de sortir du marasme.


Source: http://www.lejdd.fr/

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