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L'europe boucle sa cinquième opération militaire, sur ce qu'elle présente comme une réussite : l'Eufor, contingent de 3 300 hommes déployé pendant un an au Tchad et en Centrafrique, passera le relais demain à une
force des Nations unies qui reprendra la mission et, dans un premier temps, l'essentiel des troupes.
Le général Henri Bentégeat, chef de l'état-major européen, parle d'un «succès inattendu aux
yeux de tous ceux qui, même à Bruxelles, avaient douté des capacités de l'UE». Douze mois après un déploiement délicat en pleine offensive de rebelles tchadiens sur N'Djamena, la
plus grosse mission militaire jamais conduite par l'Europe a atteint un double objectif, dit-il : réduire de moitié les incidents violents dans les régions troublées du Tchad et permettre de
premiers retours dans les villages. «Le flux des déplacés est inversé, la pompe est réamorcée», assure le général français.
La France, qui fournit la moitié des effectifs de l'Eufor (1 650 hommes), s'apprête à en retirer 850. Le reste passera sous casque bleu, un bataillon logistique de 450 hommes notamment.
Paris s'est engagée à permettre une transition en douceur et à accompagner la montée en puissance de la nouvelle force de l'ONU, la Minurcat II. Au Tchad, la France compte par ailleurs 1 100
soldats stationnés depuis vingt-trois ans au titre du dispositif Épervier.
La Pologne, l'Irlande, l'Autriche et la Suède, autres grands contributeurs parmi les 23 que compte l'Eufor, maintiendront l'essentiel de leurs troupes sous les couleurs de l'ONU pour plusieurs mois.
Près de 500 000 personnes en espèrent les retombées, réfugiés soudanais venus du Darfour et déplacés tchadiens ou centrafricains. La tension est remontée d'un cran dans la région avec le
mandat d'arrêt lancé contre le président soudanais Omar el-Béchir par la justice internationale. À terme, la Minurcat doit mobiliser 5 500 hommes. Elle compte sur les apports du Togo et du
Ghana, deux contingents que l'état-major européen juge «solides».
Vue de Bruxelles, la mission Eufor Tchad-RCA s'est imposée comme un banc d'essai pour l'ambition européenne de disposer de moyens militaires autonomes, après les expériences acquises en
Macédoine, au Congo, en Bosnie-Herzégovine et au Soudan (Darfour). «C'est une étape importante, affirme le général Bentégeat. Le Tchad n'est pas l'Afghanistan ; mais c'est quand même un
théâtre d'opération éloigné, difficile d'accès, démuni de tout et parfois hostile. Par la mesure des troupes comme par la durée de l'engagement, c'était une première.»
Kosovo ou Congo
L'opération a mis le doigt sur des handicaps européens connus. L'absence d'aviation de transport lourd et à long rayon d'action, à nouveau palliée par le recours à des prestataires ukrainiens et
russes. Et, une fois sur place, la pénurie d'hélicoptères : il a fallu plusieurs mois pour que l'Eufor obtienne les appareils indispensables. La Russie, associée à l'opération avec 120
hommes, a fourni fin 2008 quatre de ses Mi-8, bêtes de somme de l'ère soviétique. L'état-major bruxellois reste muet sur ce que pourrait être la prochaine mission militaire de l'UE. Mais trois
destinations reviennent le plus souvent dans les scénarios des experts. Le Kosovo, dont l'Otan finira par se dégager. Le Congo, si le spectre d'un cauchemar humanitaire se précise. Et les
territoires palestiniens, si un règlement se dessine avec Israël.
Source: http://www.lefigaro.fr/