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KHARTOUM - Le président soudanais Omar el-Béchir participera au sommet arabe de Doha fin mars en dépit du mandat d'arrêt international lancé contre lui, a annoncé
samedi un haut responsable de la diplomatie soudanaise. "Je transmets une lettre officielle de l'Emir du Qatar invitant le président Omar
el-Béchir à participer à deux sommets à la fin du mois de mars à Doha, le sommet arabe et le sommet
arabe-Amérique latine", a déclaré Hamad ben Nasser, envoyé spécial qatari, lors d'une visite à Khartoum.
"Le
président Béchir participera aux deux sommets", a répondu Ali Karti, ministre d'Etat soudanais aux Affaires étrangères, devant un groupe de
journalistes.
Réagissant à cette annonce, la Cour pénale
internationale (CPI) a dit "compter sur la coopération du Qatar" pour arrêter le président soudanais. "Le Qatar n'est pas un Etat partie au Statut de Rome, texte fondateur de la CPI,
mais il est membre des Nations unies. La résolution du Conseil de sécurité qui demande instamment à tous les Etats de coopérer avec la Cour s'applique donc au Qatar", a déclaré à l'AFP une
porte-parole de cette Cour, Laurence Blairon.
La CPI a émis le 4 mars un mandat d'arrêt contre le président Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie à un conflit complexe à l'origine de 300.000 morts selon l'ONU mais de 10.000 selon Khartoum. Il s'agira de la première visite officielle du président soudanais à l'étranger depuis le mandat d'arrêt de la CPI, à moins d'un déplacement dans un autre pays d'ici-là.
Khartoum a catégoriquement rejeté le mandat d'arrêt de la CPI, affirmant que le Soudan n'est pas membre de la Cour et que celle-ci n'avait pas de compétence au Soudan. Les autorités ont aussi affirmé que cette décision ne changerait rien au programme du gouvernement de M. Béchir. A l'annonce de l'arrêt de la CPI à La Haye, la greffière du tribunal, Silvana Arbia, avait indiqué qu'une "demande d'arrestation et de transfert" de M. Béchir devait être envoyée "immédiatement" au Soudan, aux Etats parties de la CPI et aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies.
La CPI ne dispose d'aucune force de police propre et dépend de la volonté des Etats pour l'exécution des mandats d'arrêt. "Le gouvernement soudanais est obligé par le droit international
d'exécuter le mandat d'arrêt sur son territoire", avait indiqué de son côté le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo, sinon "le Conseil de sécurité de l'ONU devra faire en sorte qu'il
obéisse". "Il n'y a pas d'immunité pour Omar el-Béchir", a-t-il ajouté : "dès qu'il
voyagera dans l'espace aérien international, il pourra être arrêté".
Le procureur de la CPI, seul tribunal permanent compétent pour juger des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, enquête depuis 2005 sur le Darfour en vertu d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Accusées d'avoir "collaboré" avec la CPI, treize ONG ont été sommées par Khartoum de quitter le Soudan après l'émission du mandat d'arrêt contre M. Béchir.