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Le ministre de la Défense a présenté les grandes lignes de la loi d'indemnisation des irradiés. Les associations saluent l'avancée, mais restent prudentes. De 1960 à 1996, en Algérie puis en
Polynésie, la France a procédé à 210 essais nucléaires. 150 000 civils ou militaires y ont participé, sans compter les populations locales. Hier, le ministre de la Défense, Hervé Morin, a
reconnu quatre « problèmes de confinement », lors des tirs effectués dans le Sahara, et « dix épisodes
de retombées radioactives significatives », lors des essais aériens en Polynésie.
Cette année, dix millions d'euros vont être débloqués, sur les crédits du ministère de la Défense, afin d'indemniser les victimes. En attendant le vote d'un projet de loi dont le ministre a
dévoilé les grandes lignes.
Centaines ou milliers de victimes ?
Plusieurs dispositions vont dans le sens des associations de victimes. La notion d'exposition minimale aux radiations a été abandonnée. Surtout, ce ne serait plus aux victimes de prouver que leur
maladie est due aux essais, mais à l'État de le contester. Enfin, la liste des maladies ouvrant à indemnisation, jusqu'ici réduite à quatre, sera calquée sur celle établie par les Nations unies,
qui en compte dix-huit.
Les dossiers d'indemnisation, examinés au cas par cas, seront confiés à un comité pour l'essentiel composé de médecins et présidé par un magistrat. Mais ce sera toujours le ministère de la
Défense qui validera les propositions d'indemnisation.
Pour Hervé Morin, « quelques centaines » de personnes ont pu développer un cancer après leurs expositions aux radiations. L'Angevin
Michel Verger, président national d'une l'Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) qui revendique 4 000 membres, estime que ce chiffre est sous-estimé :
« Rien qu'à l'Aven, nous avons 800 veuves de vétérans... »
Il reconnaît cependant un changement de ton : « Lundi, enfin, nous avons été reçus, pour la première fois, par le ministre. Il y a des avancées, mais nous attendons de voir
comment le projet de loi sera rédigé. Nous regrettons, notamment, qu'il n'y ait pas création d'un fonds de garantie, comme celui pour les victimes de l'amiante, dans lequel nous pourrions être
représentés ».
Jusqu'ici, une quinzaine de plaintes sont en cours d'instruction. Sur plusieurs centaines de demandes déposées, une vingtaine d'anciens des essais nucléaires ont bénéficié de pensions militaires
d'invalidité. Pour les personnels civils, les démarches sont encore plus compliquées.
C'est le cas de la Nantaise Florence Bourel. En 1982 et 1983, elle était employée comme sténo-dactylo au centre d'expérimentation du Pacifique. « Le cancer de
la thyroïde dont je suis atteinte ne faisait pas partie de la liste des maladies reconnues. » Son dossier repasse en cour d'appel, fin avril, mais uniquement pour
une question de vice de forme. « Le projet de loi peut me permettre de relancer une procédure. ».
La redaction ACTUTCHAD