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Ségolène Royal a une fois
de plus réussi à créer l'événement. Son spectaculaire "pardon" aux Africains pour le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar a provoqué mardi une avalanche de réactions hostiles dans la majorité,
tandis que ses "amis" socialistes étaient contraints de faire bloc derrière elle. Le ministre des Affaires étrangères
Bernard Kouchner a convenu que la phrase présidentielle de juillet 2007 sur "l'homme africain (...) pas assez entré dans l'histoire" avait été "sans doute maladroite".
En déplacement depuis samedi sur sa terre natale du Sénégal, Ségolène Royal, entièrement tournée vers la présidentielle de 2012 depuis sa défaite d'un cheveu face à Martine Aubry dans l'élection du Premier secrétaire du PS, n'a pas manqué l'occasion de refaire parler d'elle. Dans un discours sur "l'Afrique et l'Europe au XXIe siècle", la présidente de la région Poitou-Charentes a demandé "pardon" pour les paroles "humiliantes" prononcées au même endroit par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007. Ces paroles "n'auraient jamais dû être prononcées" et "n'engagent pas la France", a estimé la socialiste lundi soir à Dakar.
Le principal intéressé a préféré mardi ignorer l'attaque. "Je n'ai pas le temps pour la polémique", a répondu Nicolas Sarkozy, interrogé par les journalistes lors d'un déplacement à Venelles (Bouches-du-Rhône). Sans surprise, ce discours de repentance très applaudi à Dakar a provoqué une avalanche de réactions outragées dans le camp sarkozyste. "Mme Royal ridiculise notre pays", a tempêté le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre. A l'unisson, la secrétaire d'Etat à la Famille Nadine Morano a fustigé "l'antisarkozysme primaire", "souvent hystérique" de la socialiste, qui "a un objectif, celui d'exister", et "une recette, la polémique permanente". "Elle a fait le tour du monde en 80 bourdes", a raillé le secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement Roger Karoutchi. Le patron des députés UMP Jean-François Copé, jaloux de son indépendance vis-à-vis du chef de l'Etat, a jugé "écoeurant" le "pardon" royaliste.
Plus embarrassé, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a qualifié "d'extraordinairement maladroite et très démagogique" la critique de son ancienne collègue du gouvernement Jospin. Mais l'ancien socialiste, qui se souvient du malaise provoqué en Afrique par le discours de Dakar, a estimé que la phrase sur "l'homme africain" avait été "sans doute maladroite". Le chef de l'Etat avait nuancé son propos en février 2008 au Cap en affirmant sa volonté d'une "nouvelle politique africaine de la France".
Sur la même ligne, la secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade, elle-même d'origine sénégalaise, a reconnu que le discours présidentiel avait créé des "malentendus", tout en dénonçant le "jeu politicien" de Mme Royal.
Dans la majorité, seul le villepiniste François Goulard a approuvé les propos de l'adversaire de Nicolas Sarkozy en 2007. "Le discours de Dakar du chef de l'Etat était une erreur. Elle a exprimé ce que beaucoup pensent, y compris dans la majorité", a commenté le député du Morbihan. Si elle a enfoncé un petit coin dans la majorité, Ségolène Royal a aussi obligé ses "amis" socialistes à la soutenir. Martine Aubry a dû reconnaître que sa rivale avait "eu raison de tenir un discours qui recrée un lien pas seulement affectif mais humaniste entre l'Afrique et l'Europe, entre l'Afrique et la France".
Certains socialistes jugeaient néanmoins que Mme Royal n'aurait pas dû dire que Nicolas Sarkozy n'engageait pas la France. "Le pardon de la République, c'est un peu fort", a estimé Pierre Moscovici. Pour l'ancien ministre chargé des Affaires européennes, "la personne qui devrait demander pardon, ce n'est pas Ségolène Royal, c'est Nicolas Sarkozy". "Je ne suis pas un fan de Ségolène, mais je dois reconnaître qu'elle a fait honneur à la France, car le précédent discours de Dakar faisait honte à la France", a pour sa part jugé le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan.