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Promis juré, "nous n'allons pas user de notre victoire pour "bulldozer" les autres dans la soumission. "Promis juré", je resterai accessible à la presse pourvu qu'elle soit honnête
et objective avec nous". Mardi, à la veille des élections générales du 22 avril, pour son ultime conférence de presse dans un grand hôtel de Johannesburg, l'homme qui deviendra dès la
semaine prochaine le quatrième président de la "nation arc-en-ciel" a choisi de se montrer sous son meilleur jour. Tour à tour charmeur, rieur, chaleureux et décontracté – costume sombre, chemise
ouverte, une main dans la poche – Jacob
Zuma, debout derrière les micros, s'efforce, en politicien professionnel qu'il est, de ne pas répondre aux questions trop précises sur son programme.
En Afrique du Sud, c'est l'ANC (Congrès national africain), le parti au pouvoir depuis quinze ans, qui rédige les promesses électorales. Si elles sont toutes tenues, elles coûteront cher.
"Nous avons inclus, dans nos prévisions, le contrecoup de la crise économique en cours", assure le président de l'ANC. Toujours dominé par des Blancs, le "big business" qui sait, comme
tous ici, l'inéluctabilité de la nouvelle victoire de l'ANC n'a pas pris la fuite. Zuma ne semble pas inspirer à la Bourse une inquiétude particulière.
L'immense majorité des Blancs et une partie des nouvelles élites noires voient en lui l'archétype du chef africain polygame et corrompu. A 77 ans, l'archevêque Desmond Tutu, la conscience morale du
pays, n'a jamais digéré ses frasques, son procès pour viol – clos en 2006 par un acquittement –, ses inculpations pour corruption, toutes retirées par le parquet trois semaines avant l'élection
de ce 22 avril. "Zuma n'est pas du tout un modèle à suivre pour notre jeunesse, martèle le Prix Nobel de la paix 1984. Il n'a pas les qualités qu'il faut pour diriger notre nation."
Peut-être. Mais, "dans les masses", comme on dit à l'ANC, Jacob Zuma, le "survivant", l'"indestructible", comme l'appellent les gazettes, est immensément populaire. Cent fois, depuis quinze ans, on l'a donné pour politiquement mort. Aujourd'hui, à 67 ans, dont cinquante passés à l'intérieur du parti à en gravir tous les échelons, l'ancien chef des services de renseignement de l'ANC clandestine poursuit sa quatrième vie. Au pinacle.
La première a commencé le 12 avril 1942 dans une case misérable de Nkandla, un village perdu du Zoulouland où l'ancien exilé aime encore à se retrouver "le plus souvent possible", au
milieu de ses vaches, de ses demi-frères et sœurs, de ses femmes et de ses dix-huit enfants. "Je ne suis pas issu d'une famille princière [comme Mandela], je ne suis pas un grand
homme d'affaires [comme nombre d'anciens cadres de l'ANC entrés dans le business], je ne suis pas quelqu'un de très important", a-t-il confié.
Son père, modeste policier tribal, meurt quand il a 3 ans. Sa mère fait le ménage chez des Blancs. Le jeune Jacob Gedleyihlekisa – ce prénom
zoulou est une injonction à la méfiance envers "ceux qui feignent de vous aimer"– garde les vaches. Il ne fréquente pas l'école. A 17 ans, garçon de course illettré à Durban, il entre à
l'ANC, pas encore interdit par l'apartheid. Sa seconde vie commence. Quatre ans après, à l'âge de 21 ans, alors qu'il use déjà de ses dons d'organisateur et de leader pour recruter des activistes
pour la branche militaire du parti, il est arrêté et condamné à dix ans de prison. Incarcéré à Robben Island, il va côtoyer Nelson Mandela et d'autres qui vont l'aider à parfaire sa formation. Il apprend à lire, à écrire, à débattre. Libéré
en 1973, il rejoint la clandestinité et devient le chef du service de renseignement de l'ANC.
Il participera aux négociations secrètes avec le pouvoir blanc finissant, à la fin des années 1980. Sa troisième vie est sur le point de commencer. En 1990, Mandela et ses compagnons sont
libérés. Jacob Zuma est dans les instances dirigeantes du parti. Quand Thabo Mbeki devient président, et de l'ANC et du pays en 1999, Jacob Zuma, dont "Mbeki l'intellectuel" est sûr de
n'avoir rien à craindre, est son second. En 2005, le président change d'avis, prend prétexte de l'enquête ouverte à l'encontre de son fidèle lieutenant pour corruption présumée, et le limoge.
Zuma ne dit pas un mot et se retire.
Cette fois encore, tous les experts de la chose publique le voient définitivement fini. Il reviendra en star militante. En décembre 2007, il est plébiscité à la tête de l'ANC avec 60% des mandats
contre un Mbeki qui, n'ayant pas mesuré son impopularité croissante, sollicitait un troisième mandat. La quatrième vie de Zuma s'est ouverte à ce moment-là. Il n'est pas écrit qu'elle sera brève.
"L'homme a du charisme, il est chaleureux, proche du peuple et les gens d'en bas se reconnaissent en lui", écrit son biographe Jeremy Gordin. Certes, le Zoulou
polygame et autodidacte qu'il revendique être déplaît aux intellectuels enfermés dans leurs "préjugés modernistes", dit Xolela Mangcu, un commentateur vedette.
En fait, "il n'est pas du tout le primaire illettré qu'il se plaît à jouer". L'Afrique du Sud retient son souffle.
Patrice Claude
Source: http://www.lemonde.fr/