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Soudan: la dernière réforme de la presse passe mal

KHARTOUM (AFP) - Un projet de réforme de la presse au Soudan suscite une levée de boucliers, pour son aspect répressif, dans le plus grand pays d'Afrique où les journaux sont déjà passés chaque nuit au crible des censeurs d'Etat avant d'arriver en kiosque. Avec une trentaine de titres publiés chaque jour en arabe et en anglais, représentant différentes tendances politiques --communistes, islamistes radicaux, pro-gouvernementaux...-- la presse soudanaise montre le visage d'une incroyable diversité. Mais, chaque soir, les "éditeurs de l'Etat" passent dans les salles de rédaction pour purger les épreuves de sujets ou de prises de position sensibles pour le gouvernement, une censure à laquelle ne sont toutefois pas assujettis les correspondants étrangers. Or, un nouveau projet de loi encadrant la presse écrite a été soumis la semaine dernière à l'Assemblée nationale soudanaise.

 

Ce texte, qui fait l'unanimité contre lui au sein des rédactions, survient à un moment critique au Soudan, pays de 39 millions d'habitants qui doit tenir en février 2010 ses premières élections générales --régionales, législatives et présidentielle-- depuis 1986.Il prévoit notamment des amendes allant jusqu'à 50.000 livres soudanaises (21.500 USD) contre les publications ou les journalistes en infraction, sans détailler ces infractions, et accorde au Conseil de presse le pouvoir de fermer des journaux. Cinquante mille livres soudanaises, "c'est une somme colossale", déplore Moheddine Titawi, président de l'Association des journalistes soudanais, qui qualifie "d'injustes" les pouvoirs accordés au Conseil de presse dont l'indépendance de surcroît n'est pas garantie par le projet de loi.

 

"Ce projet de loi se concentre seulement sur des mesures punitives, il ne traite pas de la liberté d'expression et du droit du public à l'information", regrette Mohammed Abd al-Qadir, membre du comité éditorial du grand quotidien pro-gouvernemental Al-Rayy al-Aaam (L'opinion publique). L'organisation Human Rights Watch (HRW) a aussi critiqué ce projet de loi, estimant, dans un rapport récent, qu'il comportait des "mesures strictes" concernant l'enregistrement des médias, des sanctions onéreuses pour des infractions "vagues", et un Conseil de presse "manquant d'indépendance".

 

"Ce projet de loi exige plusieurs amendements. Comment pouvons-nous aller aux élections sans une presse libre?", estime pour sa part Yasir Arman, chef du groupe parlementaire du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), principale formation représentant le Sud-Soudan au Parlement à Khartoum. Déjà, des médias se sont plaints d'un renforcement de la censure depuis l'émission le 4 mars du mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) contre le président Omar el-Béchir, pour crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour (ouest), vaste région en proie à un conflit complexe.

 

"Avant, les censeurs nous interdisaient de publier des articles sur certains sujets. Maintenant ils nous demandent pourquoi nous n'avons pas couvert la visite de Béchir (à l'étranger) ou des manifestations pro-Béchir. Ils veulent nous imposer un programme", peste Al-Haj Ali Waraq Sid Ahmad, directeur de la rédaction du quotidien Ajras al-Huriyya (Les cloches de la liberté). "A cause de la censure, les gens à Khartoum ne savent pas ce qui passe au Darfour", affirme l'éditeur, grillant cigarette sur cigarette dans les locaux du journal qui a été interdit de publication trois jours consécutifs mi-avril.

 

Les parlementaires soudanais pourraient aussi revoir au cours des prochaines semaines une loi sur la sécurité nationale datant de 1999 qui confère entre autres aux services de renseignement le droit de censurer des journaux avant leur publication.

 

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