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La récente offensive des rebelles tchadiens a relancé les craintes de l’Union européenne d’une déstabilisation à l’est du Tchad. «On avait bâti une digue humanitaire. Or celle-ci risque fort de céder.» Des responsables militaires européens ne cachent plus leur inquiétude après l’offensive rebelle apparemment déjouée le week-end passé par le gouvernement d’Idriss Déby. En provenance du Darfour voisin, et armée comme toujours par le Soudan, la colonne insurgée de plusieurs centaines de véhicules est précisément entrée au Tchad par Goz Beida, où demeure l’important contingent irlandais, passé de l’Eufor à l’ONU le 15 mars, à la fin du mandat d’un an de la force européenne.
«Au vu des tensions renouvelées entre N’Djamena et Khartoum, et des retards toujours plus grands pris dans le déploiement d’une force internationale crédible au
Darfour, l’insécurité ne va que grandir dans l’est du Tchad», pronostique-t-on à Bruxelles. La question sera à l’agenda, les 18 et 19 mai, du Conseil des ministres des Affaires étrangères.
Car l’UE reste présente au Tchad, après le départ de l’Eufor qui, à son apogée, avait atteint 3700 hommes. Les troupes européennes constituent encore l’armature de la Minurcat, la mission
onusienne en mal de renforts. La France y conserve environ 1500 hommes. L’Irlande, habituée aux opérations de maintien de la paix, est aussi restée. Idem pour la Pologne, qui a étendu le mandat
de ses 400 soldats et de ses trois hélicoptères jusqu’en novembre 2009. Mais, si l’ONU n’arrive pas à atteindre les 5200 hommes prévus, la fatigue va s’installer. «L’UE ne doit pas abandonner la
Minurcat», avertit l’ONG britannique Oxfam.
Khartoum incontournable
«L’impact du départ de l’Eufor est moins militaire que sécuritaire», complète un expert. Les forces européennes, en effet, ont toujours refusé de prendre parti, ce
qui leur avait été vertement reproché par le gouvernement tchadien, presque renversé en février 2008 par une offensive rebelle similaire qui avait atteint N’Djamena. Mais leur quadrillage de
l’est, frontalier du Soudan et de la République centrafricaine, compliquait les incursions possibles, tandis que leurs patrouilles aux abords des camps regroupant plus de 2,5 millions de
déplacés rendaient le recrutement rebelle plus difficile.