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Repli tactique ou cuisante défaite pour les rebelles qui menacent toujours Idriss Déby, arrivé au pouvoir il y a dix-neuf ans grâce à l’aide du Soudan et de la France ? Depuis, la donne a changé.
Le président du Soudan Omar el-Béchir, accusé de crimes contre l’humanité au Darfour, est tombé sous le coup d’un mandat de la Cour pénale internationale. Il a accepté pour la troisième fois
d’équiper les rebelles. A une condition : qu’ils quittent son territoire. Après l’échec de 2008 pour cause de rivalités internes, neuf partis rebelles s’allient, en janvier, au sein de l’Union
des forces pour le changement et la démocratie.
Ex-directeur de cabinet, intime du président tchadien, Timan Erdimi en est le président. Sur le plan militaire, Khartoum a accepté, après beaucoup de réticences, une nouvelle recrue : le colonel
Adoum Yacoub, nommé délégué aux armées, qui commandait jusqu’ici un maquis retranché en territoire tchadien, dans le massif de Tissi Man, à la jonction des frontières du Soudan, de la République
centrafricaine et du Tchad. Ex-chef d’état-major de l’ancien président Goukouni Weddeye, il fut envoyé par Idriss Déby à l’école de guerre britannique de Sandhurst. Une manière de se débarrasser
de lui. Depuis, Adoum Yacoub a repris le maquis.
Une armée renforcéegrâce à l’argent du pétrole
Pour le régime soudanais,
c’était l’ennemi. Soutenu par John Garang, le leader sudiste du Soudan, Yacoub a combattu les milices janjawid du pouvoir qui massacrent les populations non arabes du Darfour. Ministre de la
Défense de la rébellion, il reçoit quatre cents pick-up Toyota, des armes, des munitions. Le colonel Yacoub réorganise ses hommes. « Je ne suis pas pressé », a-t-il coutume de
dire. Mais le « sponsor » estime, lui, le contraire. En mai tombent les premières pluies. En juin, l’offensive sera impossible. Khartoum ne veut pas attendre la saison sèche.
Au Qatar se sont ouvertes des négociations entre le Tchad et le Soudan. Khartoum cherche à éviter d’être accusé de jouer double jeu. Il pousse à passer à l’attaque au plus vite. Sans tenir compte
qu’Idriss Déby a renforcé son armée grâce aux revenus du pétrole. Cinq hélicoptères d’attaque, trois chasseurs Sukhoï pilotés par des Ukrainiens sont basés à Abéché, la grande ville de l’est. La
première bataille tourne à l’avantage des gouvernementaux.
« Chaque camp est groggy. Le combat n’est pas fini », me dit Adoum Yacoub sur son téléphone satellitaire. A Paris, on se méfie du nouveau sens de la manœuvre de la
rébellion. Deux avions Breguet Atlantic bourrés d’électronique et six Mirage F1 tournent au-dessus du théâtre des opérations. Ecoutes, photos, renseignements sont donnés à l’état-major d’Idriss
Déby. Cette année, les rebelles pourraient chercher un objectif plus modeste que la capitale. Un territoire libéré permettrait de gagner une autonomie par rapport à Khartoum et de pousser
N’Djamena à négocier en position de force. Un pari qui risque d’entraîner un peu plus les troupes françaises dans la guerre.
Patrick Forestier - Paris Match