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Mais un pays enfoncé jusqu’au cou dans la misère peut-il inverser le processus et se
développer grâce à ses richesses naturelles ? Absolument ! Tout est question de volonté politique. Pour preuve, le Botswana. Son ex-président Festus Mogae est venu en personne à Zurich expliquer
comment son pays d’Afrique australe, l’un des plus pauvres du monde au sortir de la colonisation en 1966, est devenu un des Etats les plus prospères du continent. Et cela, grâce à une
exploitation transparente des diamants. Les revenus tirés de l’exploitation ont été réinvestis dans des programmes tels que la formation ou la santé. « C’est ainsi que nous avons réussi à
transformer la malédiction des ressources naturelles en une bénédiction », a-t-il clamé à Zurich. Festu Mogae a reçu le prix Mo Ibrahim de la bonne gouvernance en Afrique. Egalement présent à la
conférence, Peter Eigen, le président de l’EITI, a tenu à souligner l’importance de l’adhésion de pays comme la Suisse à une telle initiative. « En montrant l’exemple, la Suisse incite ses
entreprises à se conformer à nos standards, relève-t-il. De plus, la Suisse s’engage à apporter une assistance technique aux pays qui en ont besoin. »
Sur le terrain, la décision de Berne est aussi perçue comme très positive. « L’argent du monde se trouve sur sol helvétique, rappelle Nazaire Djerakoubou, responsable du programme pétrole de
Swissaid au Tchad. De nombreuses banques et entreprises financent depuis la Suisse l’extraction des ressources ou font du commerce avec elles. En jouant le jeu de la transparence, la Suisse met à
jour les flux financiers liés au pétrole. Du coup, les Etats africains réfléchiront à deux fois avant de ramasser leurs sous et les mettre dans les banques à Zurich ou Genève. ». Caroline Morel
appelle d’ailleurs les banques suisses à s’associer à l’EITI. « Suite à la crise financière qui les a touchées, ce serait là une façon de regagner la confiance de la population et des
investisseurs », a-t-elle déclaré à l’ATS.
Les gros joueurs sont aux abonnés absents
Forte aujourd’hui d’une trentaine d’Etats membres, l’EITI est confrontée à un problème de taille : les gros joueurs – Chine, Inde, Russie, Arabie saoudite, Venezuela – sont pour l’instant aux
abonnés absents. « Les compagnies chinoises sont partout en Afrique, rappelle Nazaire. Mais elles ne se sentent pas tenues de respecter les critères de transparence tant que leur pays ne donne
pas un signal en ce sens. » Selon Peter Eigen, il est urgent de convaincre ces gros producteurs d’adhérer à l’initiative. Et le défi est de taille. Pour Lukas Siegenthaler, plus les membres
seront nombreux, plus la pression sur les puissances émergentes sera efficace.
Autre ombre au tableau : le processus intergouvernemental ne risque-t-il pas de se prendre à son propre piège, comme l’a été le mécanisme de certification Kimberley, censé garantir une provenance
« propre » des diamants bruts sur le marché mondial ? Pour rappel, l’un des architectes de ce Processus, Ian Smillie, en a dénoncé les dérapages liés aux
intérêts en jeu des gouvernements. « L’EITI est inspiré du Processus de Kimberley, confirme Peter Eigen. En particulier de ce triangle magique entre les Etats, la société civile et le secteur
privé. Mais nous en tirons aussi les leçons. Le risque est en effet très grand d’un désengagement des gouvernements ou des compagnies. C’est pourquoi nous avons établi un système de validation en
18 étapes pour les pays ou les compagnies qui veulent adhérer. De plus, des groupes de consultants indépendants font des évaluations régulières. »
Source: http://humanrights-geneva.info/