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Soudan: l'opposition sort ses griffes contre le président Béchir

KHARTOUM (AFP) Longtemps restée passive, l'opposition soudanaise sort désormais ses griffes contre le président Omar el-Béchir en appelant à des rassemblements populaires pour lutter contre un pouvoir qu'elle juge "illégitime". L'opposition avait fait profil bas en mars lors de l'émission par la Cour pénale internationale (CPI) d'un mandat d'arrêt contre M. Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, région de l'ouest soudanais en proie depuis 2003 à la guerre civile.

L'islamiste Hassan al-Tourabi, ancien mentor de M. Béchir devenu son plus farouche opposant, avait été le seul ténor de la classe politique soudanaise à soutenir la CPI. Les partis d'opposition avaient majoritairement appuyé M. Béchir, montrant une image d'unité à un moment où la stabilité du plus grand pays d'Afrique semblait menacée. Aujourd'hui, l'opposition tire à boulets rouges sur le chef de l'Etat et sur le gouvernement d'unité nationale formé par son Parti du Congrès national (NCP) en partenariat avec les ex-rebelles sudistes du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM).

Les griefs de l'opposition n'ont rien à voir avec la CPI, mais plutôt avec la "constitution intérimaire nationale" adoptée en juillet 2005 peu après la fin de la longue guerre civile Nord-Sud. Ce texte prévoit des élections générales - résidentielle et législatives - au plus tard le 9 juillet 2009. Or les élections soudanaises ont été repoussées à avril 2010. "Le président siège maintenant de manière illégale", a déclaré ce week-end à l'AFP, Moubarak al-Fadil, membre important du parti Oumma, l'une des grandes formations d'opposition du Soudan.


La constitution prévoit des élections en juillet 2009, mais elle "stipule aussi que le mandat du président est de cinq ans, ce qui va jusqu'au 9 juillet 2010", réplique Ibrahim Gandoor, stratège influent du NCP, assurant que le "processus électoral" était commencé bien que le scrutin soit prévu en avril. Les relations entre le gouvernement et le parti Oumma se sont durcies la semaine dernière lorsque cette formation a signé, au Caire, un accord politique avec le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), le plus actif des groupes rebelles du Darfour et ennemi juré de Khartoum. Un regroupement de 17 partis d'opposition a déclaré ce week-end "illégitime" l'actuel gouvernement et appelé à la formation d'un "gouvernement de transition" jusqu'aux élections, dont plusieurs analystes craignent qu'elles soient une nouvelle fois reportées.


L'opposition va convier la "population à des meetings politiques à Khartoum et dans les capitales des différentes provinces pour protester contre le manque de liberté et l'illégitimité du gouvernement", a assuré M. Fadil, sans détailler de calendrier. "Il s'agit d'un ballon (d'essai) lancé par l'opposition" dans l'espoir de rallier le SPLM, grand parti sudiste membre du gouvernement d'unité nationale mais qui a aussi ses différends avec le NCP du président Béchir, estime M. Gandoor, assurant que le gouvernement allait "réagir" si des actions illégales étaient menées par l'opposition. "Ce gouvernement est légitime jusqu'aux prochaines élections", dit à l'AFP Yasser Arman, figure influente du SPLM. "Mais nous trouvons aussi légitime les appels de l'opposition en faveur d'une réforme démocratique." "Le dialogue doit prévaloir" pour sortir de cette crise et nous allons maintenir le dialogue avec le NCP et l'opposition, dit-il.

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