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KHARTOUM - Les autorités du Soudan ont libéré l'opposant islamiste Hassan al Tourabi, arrêté il y a deux mois pour avoir appelé le président Omar al Bachir à se livrer à la Cour pénale
internationale (CPI). Tourabi, transféré aux premières heures à son domicile de Khartoum sans explications, a souligné qu'il n'avait pas changé d'avis quant au fait que Bachir devait se livrer à
la CPI, qui a lancé un mandat d'arrêt contre lui la semaine dernière. "Bien sûr, aucun doute sur ce point", a-t-il dit chez lui en présence de dizaines de sympathisants. "Plus nous
aurons de justice (...), meilleures seront nos relations internationales."
La cour de La Haye a émis un mandat contre Bachir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, où plus de 200.000 personnes ont été tuées en près de six ans de conflit selon les
experts internationaux. Tourabi, qui fut un proche allié politique et religieux de Bachir avant de se brouiller avec lui en 1999-2000, l'avait incité en janvier à se rendre à la CPI en disant y
voir le seul moyen d'épargner des sanctions extérieures et des affrontements intérieurs au Soudan.
Le dirigeant soudanais a cependant défié la cour et s'est attiré des remontrances internationales en expulsant de son pays une dizaine d'organisations humanitaires non gouvernementales. La
plupart des opposants soudanais ont évité de s'exprimer sur l'affaire ou se sont ralliés au président en assimilant les chefs d'inculpation retenus contre lui à un complot occidental et sioniste
contre Khartoum.
CHEF SPIRITUEL
Chef du Parti du Congrès populaire (PCP) et personnalité de premier plan depuis des décennies au Soudan, Tourabi était le mentor du gouvernement de Bachir à l'arrivée de ce dernier au pouvoir par
un coup d'Etat en 1989.
Dans les années 1990, période où le chef d'Al Qaïda Oussama ben Laden résidait au Soudan, Tourabi était largement considéré comme l'instigateur d'une alliance de Khartoum avec des mouvements islamistes radicaux.
L'opposant a déclaré lundi aux journalistes qu'il était en bonne santé, bien que son fils Siddig ait déclaré qu'il avait perdu du poids en détention.
Tourabi a fait savoir qu'il consulterait son parti avant de se prononcer sur son avenir politique personnel. Il a également reproché à Bachir d'avoir interdit d'activité dix ONG étrangères et
trois du pays que le président accuse d'avoir fourni une assistance à la CPI. "Ce n'était pas juste, a-t-il dit. Je ne sais pas pourquoi on a fait cela (...) C'était probablement un geste de
colère." Lors d'un rassemblement organisé dimanche au Darfour, Bachir a brandi une épée et menacé d'expulser des diplomates et d'autres organismes humanitaires. "Nous expulserons tous
ceux qui agissent contre la législation soudanaise, qu'il s'agisse d'organisations bénévoles, de missions diplomatiques ou de forces de sécurité", a affirmé le président.
Avant les expulsions, les Nations unies et les ONG dirigeaient au Darfour la plus grande opération humanitaire du monde. Tourabi, 76 ans, était incarcéré à Port-Soudan. Bachir Adam Rahman, chargé
des questions internationales au sein de son parti, a également recouvré la liberté.
Version française Henri-Pierre André et Philippe Bas-Rabérin
Source: http://www.lexpress.fr/